Les racines de l’hiver – Le poids de nos ancêtres chapîtres 7 et 8

Chapitre 7

            Melvyn rentra tardivement à Trets, à 23h précisément, il prit son téléphone et envoya un des rares messages journaliers qu’il s’autorisait, demandant à Amandine et Léo où ils se trouvaient. Il reçut une réponse rapide, qui lui disait de les rejoindre à un bar du centre-ville, le « Trets Impa » (à prononcer Très sympa, le second T étant muet en provençal).

            Il s’y rendit rapidement, ne prêtant pas la moindre attention au chemin et ses magnifiques plantes cette fois-ci. Il arriva en un temps record au café et rejoignit ses deux amis à leur table, il reconnut aussi Isaac, leur collègue développeur.

             Isaac était ce que l’on appelait un « codeur vert », spécialisé dans l’allégement des sites et des applications. Afin de les rendre moins polluants, les codeurs verts proposaient des systèmes moins gourmands en énergie, mais pas seulement, ils pouvaient aussi proposer de retirer certaines parties du code, réorganiser la structure, etc etc… Melvyn n’était pas un expert sur la démarche mais les sites après le passage de ces fameux codeurs, étaient souvent bien moins… pimpants ? Colorés ? La plupart du temps économie d’énergie ne rimait pas avec embelli.

            Cependant on pouvait constater leur efficacité, la plupart des sites qui se payaient un développeur vert étaient classés très peu polluants juste après. Malheureusement ils étaient aussi catégorisés comme fades par la plupart des internautes… Le « vrai » prix à payer, apparemment.

            Melvyn salua tout le monde et s’assit à la table, Léo interpellant déjà le garçon pour commander, Amandine ouvrit le bal.

            « Qu’est-ce qui se passe Melv ? Tu tires une tronche de trois pieds de long et tu chausses au moins du quarante-quatre. » Déclara-t-elle.

            « Le blog reste fermé, j’ai à peine pu discuter avec le type du C.I.G. Je ne sais même pas s’il a écouté un seul de mes arguments. » Se plaignit Melvyn.

            « M’étonne pas qu’ils soient froids ces machines, cracha Léo, puis se tournant vers le garçon il déclara, quelque chose de fort pour mon ami.« 

            « Étonnant, intervint Isaac, j’ai vu ton blog il y a deux-trois semaines, ça s’optimise pour sûr, mais t’es pas un exemple de pollution loin de là.« 

            « Oui mais tout ça c’est à cause de l’autre, reprit Amandine, c’est ce dont on te parlait plus tôt Isaac, un prêtre sortit de nulle part qui vient emmerder Melv.« 

            « Pas de nulle part, corrigea Melvyn, il officie à Manosque apparemment. »

            « Ça fait bien loin, reprit Léo en enfonçant les mains dans ses poches, il t’a laissé une carte de visite que tu as trouvé dans ta chemise ?« 

            Melvyn secoua la tête, il eut un petit rire en sortant la main de sa poche, faisant un doigt d’honneur. Léo faillit s’insurgeait mais Melvyn s’expliqua rapidement.

            « C’est à ça qu’elle aurait ressemblé sa carte, dit-il en agitant son majeur, mais non, j’ai demandé au prêtre d’Aix s’il connaissait un père Clément.« 

            « Logique, acquiesça Amandine, et qu’est-ce que tu vas faire ?« 

            « J’hésite à aller le voir, je ne vois pas très bien en quoi ça pourrait faire avancer les choses. » Avoua Melvyn.

            « De ce que tu me dis Melv, ajouta Léo en se penchant, ton blog il est bien, au pire le C.I.G t’aurait envoyé un avertissement, là, le blocage pur et simple ça sent la magouille.« 

            « Justement, quel recours j’ai ? Si c’est juste réseau et compagnie je ne fais pas le poids. » S’apitoya Melvyn.

            Amandine secoua la tête en claquant la langue, elle appuya sa main sur l’épaule de Melvyn et lui souffla.

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            « Au contraire Melv tu es un journaliste, tu flaires les scandales. T’en trouves un sur la personne qui fait fermer ton site et tu la menace de tout révéler, si elle ne revient pas sur sa décision » Proposa Amandine.

            « C’est pas très moral tout ça et tu sais que ce n’est pas spécialement les scandales que je recherche. » Opposa le journaliste.

            «  Ce qu’ils te font subir non plus, ça ne m’a pas l’air très moral, reprit Isaac, tu serais à armes égales.« 

            Le serveur apporta les commandes et devant Melvyn se trouvait un verre dont il ignorait le contenu, il savait juste que c’était fort et ce soir il ne voulait pas se poser de questions là-dessus, le buvant cul sec. Après tout c’était vendredi, il leva la main et demanda une autre tournée, alors qu’il essayait encore de se remettre de sa gorge en feu.

            Ce qui emporta un étonnement et une adhésion générale de la part de ses voisins de tablée. La soirée commençait à le détendre et Melvyn en avait bien besoin, il pourrait raconter cela aux filles demain, il envoya juste un sms précisant qu’il ne savait pas à quelle heure il rentrerait.

*

            Il se réveilla, désorienté, tentant de découvrir son environnement à tâtons. Il cherchait surtout à faire taire l’imbécile qui jouait du tambour, mais il ne vit rien autour de lui, rien d’autre qu’un voile beige qui le recouvrait.

             Se rendant compte que le tambour jouait surtout dans sa tête, il commença à se remémorer qu’il avait peut-être un peu abusé sur la boisson la veille. Soudain sa main rencontra un pied, alors qu’il essayait encore de se situer dans l’espace, il se rendit compte qu’il était lui-même à l’envers, dans un lit.

            À qui était ce pied ? Pas très grand, rose, il remonta un peu la piste, la jambe était douce. Il haussa les épaules et essaya de s’extirper du lit, en se tortillant pour sortir il agrippa encore plus le drap qui le recouvrait et avançant tel une chenille il finit par déborder du matelas. Les bras coincés dans le drap, il ne parvint pas à amortir sa chute, emportant toute la couverture avec lui, finissant la joue écrasée contre le sol, le cul en l’air. Il entendit des gémissements dans le lit, une longue plainte de deux voix confondues, un peu similaire à sa propre plainte quand il avait voulu faire taire les tambours.

            Il essaya de se retourner et réussit simplement à finir de s’écraser par terre, se tortillant comme un vers pour se débarrasser de ce maudit drap. Mais son mal de crâne le forçait à agir au ralenti, tant et si bien qu’il ressemblait à une tortue essayant de s’extraire de sa propre carapace devenue trop envahissante.

            Alors qu’il s’acharnait à s’en débarrasser sans grand succès, il sentit le drap se retirer de deux coups secs, le faisant rouler sur le plancher. Il jeta un regard incrédule vers le lit et il aperçut Amandine allongée, ainsi que Léo assit, sur le matelas. Les deux étaient complètement nus, le regardant à moitié amusés et à moitié dans le coltard.

            Melvyn constata qu’il était nu aussi et il faisait légèrement froid dans la chambre, aussi se releva-t-il et tendit la main pour ravoir le drap. Du moins c’était le projet initial, c’était sans compter sur le léger malaise en se relevant trop rapidement. Il chuta sur son derrière, dorénavant il avait mal au cul et à la tête en plus de tambouriner sacrément dans tout son corps.

            « Et dire qu’il faut que tu sois bourré pour que ça arrive encore » déclara affectueusement Léo.

            « Moi je ne regrette rien. » ajouta malicieusement Amandine.

            «Je ne regrette rien non plus, rétorqua Melvyn, c’est juste que je ne sais pas comment me positionner, c’est pas si courant comme situation.« 

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            « Je t’aime et te désires, le coupa Amandine, et je n’exige rien de toi.« 

            « Pareil pour moi Melv, reprit Léo, et on espère juste que tu nous laisse t’aimer.« 

            Melvyn se fit un violent effort pour remonter sur le lit, se hissant difficilement avec ses bras qui ne répondaient qu’à moitié. Il se mit au milieu de ses deux amants et enserra chacun d’eux dans une accolade affectueuse, il les embrassa amoureusement et souffla.

            « Merci, merci pour votre soutien.« 

            « De rien mon chéri, ajouta Amandine en parcourant son torse avec ses doigts, je crois qu’aujourd’hui tu vas aller voir les filles. Mais si tu veux, dès lundi tu peux venir bosser au magasin, Le temps que tu trouves une solution.« 

            « Et on t’aura un peu plus souvent, lui chuchota Léo avant de lui mordiller l’oreille, pour le travail bien sûr !« 

            Melvyn eut un soufflement de nez accompagné d’un sourire et ébouriffa les cheveux, pourtant si courts, de Léo. Il se laissa tomber en arrière sur le lit et fut presque instantanément enlacé de nouveau par ses deux amants, ils gardèrent la pose quelques instants, minutes, puis au bout d’une demi-heure, Léo se mit à ronfler.

            D’une voix d’outre-tombe que l’on aurait pu associer à une momie, Melvyn susurra.

            « De … l’eau.« 

            Amandine eut un petit rire et l’embrassa sur la joue, elle se leva et prit la direction de la salle de bain pour prendre de l’eau. À en juger par sa démarche, elle était celle qui avait le moins abusé de la boisson la veille et avant qu’elle ne revienne, Melvyn sombra de nouveau dans un état comateux.

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Chapitre 8

            Melvyn rentra chez lui, Léna et Jade l’attendaient impatiemment et il leur fit le compte-rendu de la courte entrevue avec l’homme du C.I.G. Il l’avait aussi fait à Stan et Ambre, deux amis journalistes qui tenaient des blogs similaires et qui étaient venus pour l’occasion. Stan vivait à Peynier et Ambre à Trets, ils n’avaient pas le même domaine de prédilection et pouvaient ainsi se partager les informations, quand elles correspondaient mieux à la ligne éditoriale de leur collègue.

            Ils étaient tous les cinq assis autour de la table de la cuisine, il était 18h et le silence planait depuis une petite minute déjà. Tous s’étaient servi une tisane, Stan faisant tournoyer son sachet de thé réutilisable pour passer le temps.

            « Il faut confronter ce prêtre, dit Stan, rompant le silence, vous ne pouvez pas perdre juste sur la volonté, d’un type, quelque soit sa profession« 

            « J’ai peur que ce soit l’Église qui soit derrière ça et pas seulement le père Clément. Il doit simplement être leur porte-parole du coin. » rétorqua Jade.

            « Son histoire des épidémies qui se déclareraient, si on se mettait tous à enterrer en vraie terre. Enchaîna Ambre. Elle me paraît peu vraisemblable, on est devenu responsables. Enfin je veux dire, les gens font attention à leur environnement et aux autres aujourd’hui, on ne va pas jeter les cadavres dans les parterres de fleurs de la ville.« 

            « Je comprends leur réaction, dit Léna, ça peut paraître révolutionnaire et ça l’est. On enterre plus les gens, sauf pour les fosses communes, de cette manière. La mort est devenue taboue, normal qu’il y ait des gens qui aient peur de savoir des morts enterrés, peut-être à l’endroit même, où ils marchent.« 

            « C’est sûr, reprit Jade, mais ils sont suffisamment malins pour savoir que ça se maîtrise tout ça. L’enterrement en vraie terre peut se faire à des endroits spécifiques, et sous leur surveillance, de plus, tout le monde ne voudra pas y avoir recours. C’est juste que certains de nos morts, continueront à nourrir la terre et les vivants. Je pense que l’interdire, purement et simplement, est une réaction strictement conservatrice.« 

            Ils se turent, le débat était intéressant, mais ça ne faisait avancer en rien la cause de www.tonvoisinprévient.tr, il fallait un angle d’attaque. Confronter le prêtre ? Trouver de quoi le faire chanter ? Trouver un supérieur à qui parler ? Se contenter d’aller voir le bureau supérieur du C.I.G ? Trop d’inconnues interdisaient encore un plan fiable.

            « En tout cas, je n’ai rien trouvé sur lui, là tout de suite, affirma Ambre en pointant l’ordinateur sur le bureau, si ce n’est qu’il semble bel et bien exister.« 

            « Tu comptes aller le voir Melvyn ? Demanda Stan, Pas sûr que tu puisses en tirer quoi que ce soit.« 

            « Dommage que les autres travailleurs des champs, n’aient pas entendu ce jour-là, rumina Melvyn, leurs témoignages auraient été bien pratique. En même temps s’ils affirment qu’ils l’ont vu venir me parler, cela paraîtra suffisamment bizarre non ?« 

            « Tu veux en faire une affaire publique ? S’inquiéta Jade. Tu sais que ce n’est pas évident ce genre d’affaires, surtout que si c’est bien contre l’Église que tu te bats… C’est David contre Goliath.« 

            « Il gagne à la fin non ? » Plaisanta Melvyn.

            « Oui mais tu n’as même pas de fronde, Melv. » Rétorqua Léna, taquine.

            Le coup de pub pour le blog serait puissant, mais cela pouvait aussi se révéler être un véritable calvaire. Une telle affaire était surtout une histoire d’opinion publique et on pouvait très bien vivre un enfer pour finir par être vus comme des parias, en essayant d’incriminer des institutions aussi puissantes.

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             Certes les trois amis étaient doués pour fouiner, déranger au moment inopportun, mais Melvyn ne désirait pas pour autant se faire traîner dans la boue, lui et ses colocataires, s’il faisait un pas de travers. En plus, les dernières occasions l’avaient prouvé, il se sentait moins en confiance dernièrement pour jouer le roublard.

            La solution la plus sage était de monter un dossier en bonne et due forme et d’être convaincants avec le bureau supérieur. Cette fois il allait prendre le temps de collecter les signatures des lecteurs, les témoignages de ses voisins de champs, etc…

            En attendant il allait probablement travailler au « Blé d’Art » avec Amandine et Léo, il eut un petit sourire en pensant qu’il y avait bien pire comme situation.

            « Je pense qu’on va monter un dossier en béton et on verra bien.« Affirma Melvyn.

            « Ça ne te paraît pas trop simple ? S’enquit Stan. Ils vont sûrement te renvoyer à un autre bureau jusqu’à ce que tu abandonnes.« 

            « Eh bien si c’est le cas on refera un site irréprochable, encore plus économe, sur la base de l’ancien. On y mettra l’article de père Mathias et s’il est encore supprimé on aura une preuve de censure. » Répliqua-t-il.

            « Beaucoup d’efforts, reprit Ambre, sans être sûr des résultats Melvyn.« 

            « Je suis d’accord, mais aller chercher des dossiers sur un prêtre pour le confondre devant l’opinion public, c’est encore plus d’efforts et de risques non ? » Questionna ouvertement Melvyn.

            « Je suis d’accord, appuya Jade, on ne va pas risquer de se faire détruire notre nom en devenant des maîtres-chanteurs, autant le faire dans les règles. Ça ne me plaît pas plus que ça mais on a déjà monté un blog, on peut en refaire un. Une réputation souillée, ce n’est pas la même histoire.« 

            Melvyn et Jade se tournèrent vers Léna, qui semblait absorbée dans sa tasse d’infusion, elle releva la tête et leur fit un sourire en acquiesçant. Elle avait écouté, ils en étaient sûrs, elle faisait souvent mine d’être ailleurs, mais on trouvait difficilement plus à l’écoute et maline que Léna.

*

            Mardi 21 Décembre, 16h30, Melvyn était en train de trier les oranges dans la caisse, s’assurant de rendre les étalages du « Blé d’Art » aussi attirants que possible. La politique de vente des fruits locaux, même moches ou en mauvais état, était respectée. Le gaspillage était traqué et éradiqué avec acharnement, dans bon nombre de boutiques contemporaines.

             La vieille habitude des gens de se diriger vers le beau, le lisse, les formes attirantes comme étant le plus sain, avait la vie dure. Melvy lui, avait surpassé cela depuis longtemps déjà, sachant que souvent les fruits les plus moches et les plus abîmés, avaient le plus de goût.

À condition de ne pas mordre dans les mauvaises parties, il eut un frisson en se rappelant la fois où il avait mordu dans une poire moisie en son centre.

            Lorsque soudainement il fut interrompu dans ses pensées par un tapotement sur l’épaule. Il eut l’impression que c’était Léo, son parfum flottant non loin, il se retourna avec un grand sourire.

            Quelle ne fut pas sa confusion lorsqu’il s’aperçut qu’il était en face du père Mathias, ce dernier avait le même parfum, ou un très similaire à celui de Léo. Cette surprise eut pour résultat de faire commencer la conversation de la plus drôle des manières, alors que le père Mathias lui souriait, Melvyn balbutia.

            « Parfumé, mon Père ?« 

            « Je vous demande pardon mon fils ? » S’étonna l’homme, habillé en civil cette fois.

            « Excusez-moi, laissez tomber. Je suis surpris de vous voir ici, que puis-je pour vous ? » Demanda le tout nouveau magasinier.

            « Eh bien je désirais vous voir, reprit Mathias, depuis notre interview j’ai eu quelques appels, plutôt désagréables, dirons-nous. » Avoua Mathias.

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            « Je vous ai causé du souci mon père ? J’en suis vraiment désolé, je ne pensais pas que cela prendrait une telle proportion. » S’excusa Melvyn, confus.

            « À vrai dire moi non plus. Enfin si … je me doutais que cela arriverait. Disons plutôt que je ne l’espérais pas, pour être plus exact.« 

            Amandine arriva sur le côté, interrompant la conversation en se penchant à l’oreille de Melvyn pour lui chuchoter.

            « C’est lequel, celui-là ? » S’enquit-elle.

            « Le gentil, père Mathias. » Lui souffla en retour Melvyn.

            « Enchanté mon Père ! S’écria Amandine en lui serrant la main, je suis très fan de ce que vous faites. Je retourne au travail et vous laisse discuter.« 

            Le prêtre accusa presque le coup de la poignée de mains énergique de la jeune femme. Il eut un grand sourire et s’adressant à Melvyn, tout en la voyant s’en aller.

            « Eh bien quel dynamisme, votre … associée ? » Demanda le prêtre, curieux.

            « A vrai dire je travaille pour elle et pour ce monsieur que vous pouvez voir au fond, étant donné que mon blog a temporairement fermé. » Confia l’ex-journaliste.

            « Ah ! Alors c’est bien pour cela ! Pas moyen de m’y connecter depuis quelques jours. C’est pour cela que je viens vous voir, les quelques coups de fil que j’ai reçu étaient plutôt inquiétants, certains étaient même des menaces voilées. » Précisa l’homme d’Église.

            « Désolé mon père je ne pensais pas que cela vous amènerait la colère de vos paroissiens. » S’étonna le magasinier.

            « Du tout, je vous parle de mes supérieurs hiérarchiques« 

            Melvyn resta interdit, cela le surprenait moins que la vindicte populaire à vrai dire. Le père Mathias était à contre-courant du dogme, ou du moins celui établi en France.

            « Ils m’ont parlé de brebis égarée, que l’éternité n’était pas une chose à prendre à la légère. Je vous passe les métaphores mais ils m’ont fait comprendre que si je recommençais, je ne ferais plus longtemps parti des ordres. » Développa Mathias.

            « Et merde, je vous ai vraiment amené des ennuis, j’en suis sincèrement désolé. » Se confondit-il en excuses.

            « Cela aurait fini par se savoir de toutes façons. Au moins, vous l’avez montré de manière positive dans votre article et pour cela, je vous remercie. » Le rassura le prêtre.

            Melvyn ne savait pas comment se comporter et ne savait plus quoi dire au prêtre, à part peut-être continuer à s’excuser. Alors qu’il cherchait ses mots, ses mains elles replaçaient continuellement la même orange, au même endroit mais dans un sens différent, il ne trouvait toujours pas plus de réponse, ce fut Mathias qui rompit le silence.

            « J’aimerais vous aider monsieur Billot car je pense que vous êtes victime d’une injustice. La famille Cantel a décidé de respecter les dernières volontés d’un de ses membres, vous avez couvert le sujet et fait savoir autour de vous, que cela devenait possible sans renier la foi et je pense que c’est fondamentalement une bonne chose. Les gens doivent pouvoir penser qu’ils peuvent regénérer la Terre que Dieu leur a confiée sans le fâcher. Vous n’avez pas à payer pour cela. » Déclara Mathias.

            « C’est très louable à vous mon père mais cela pourrait vous mettre encore plus en danger, vous risquez d’être désavoué. » Lui rappela Melvyn.

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            « Lorsque je suis entré dans les ordres, j’avais en tête de servir tout le monde et pas seulement l’Église. Devinez quoi ? Fit-il d’un ton plaisantin. Ne pas monter en grade m’a permis de me garder de la soif de pouvoir. Aujourd’hui mon objectif est le même que celui d’il y a 30 ans. » Décréta l’homme d’Église.

            « Vous allez donc continuer les enterrements en vraie terre ? » Le questionna le magasinier.

            « Pas tout de suite, déjà parce que l’on m’a forcé à prendre des vacances, pour que je m’aère l’esprit voyez-vous. Mon confrère le père Jérémie est très bien, il s’occupera bien de la paroisse de Salignac. Mais aussi parce que mes amis de la paroisse ont compris les soucis que cela causait. Aussi je n’attends pas de demandes avant un moment, toutefois lorsque cela se présentera de nouveau, je répondrai présent en mon âme et conscience. » Affirma le prêtre.

            Melvyn hocha la tête au ralenti, une moue étrange déformant son visage, il s’agissait pourtant d’un signe de respect. Il réussit finalement à venir à bout de l’achalandage des oranges et se frottant les mains, se tourna complètement vers son interlocuteur.

            « Eh bien mon père, je vous appréciais déjà beaucoup mais là, vous mettez la barre encore plus haut. Combien de temps êtes-vous en vacances ? » Lui dit Melvyn.

            « Je crois bien que je dispose d’un bon mois. » Répondit Mathias.

            « Et combien de temps comptez-vous rester dans notre charmant coin ? Où logez-vous ? » Le questionna l’ex-journaliste.

            « Oh je ne pensais pas rester plus d’une semaine ou deux et j’espérais trouver mon confrère, le père Jean, peut-être peut-il me trouver un endroit où dormir. » Expliqua l’homme d’Église.

            « Tatata vous dormez à la maison, vous ne trouverez pas plus confortable que notre canapé. Ou que mon lit si vous préférez et dans ce cas je prendrai le canapé. » Refusa Melvyn.

            « Voyons c’est trop, je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité. » Fit le prêtre, embarrassé.

            « Vous plaisantez ? Mes deux colocataires seront ravies de vous rencontrer et vous disiez vouloir m’aider. Rien que votre présence donne le sourire à tout le monde, alors si en plus on peut réfléchir ensemble à trouver une solution à notre problème respectif, vous êtes d’ores et déjà invité, pour le mois entier si cela vous sied. » Développa Melvyn.

            Le sourire du prêtre était large et sincère, on voyait bien que cet homme continuait de s’émerveiller de l’être humain, Melvyn aimait beaucoup cela chez lui. Il appréciait notamment que le prêtre ne semblait garder aucune rancœur envers Melvyn, alors que c’est son interview qui avait alerté ses supérieurs. Léo déboucha d’une allée du magasin, il regardait les deux d’un air faussement sévère.

            « Hé ! Si vous voulez discuter, vous pouvez le faire en travaillant, il y a encore plein de caisses de légumes à ramener du stock. » S’exclama le gérant.

            « Eh bien pourquoi pas, annonça Mathias en retroussant ses manches, rien de tel qu’un peu d’exercice physique.« 

            Léo resta coi, il leva les mains devant lui pour arrêter le prêtre, se confondant en excuses. Melvyn explosa de rire en voyant la manœuvre désespérée du même homme qui jouait souvent au gangster.

            « Non non monsieur, c’était une blague. Je ne peux pas vous faire travailler, vous ne seriez même pas déclaré, c’est très gentil mais ne vous donnez pas cette peine. » Balbutia Léo.

            « Mais, je dois vous rembourser le temps que j’ai emprunté à votre employé. » feignit de se blâmer Mathias.

            « Mais non, tout va bien ce n’est pas grave. » Insista Léo.

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            Léo comprit le petit manège du prêtre et arrêta de lever les mains, il fit d’abord une grimace de dépit, puis s’avouant vaincu, il pointa du doigt Mathias pour lui reconnaître la victoire et il repartit, un sourire en coin.

            « Franchement mon père vous êtes un génie, le vaincre en seulement deux phrases, si vous saviez comme il peut se montrer tenace parfois. » Concéda Melvyn.

            « Oh je veux bien le croire et j’ai hâte du prochain round, les joutes d’esprit il n’y a rien de plus amusant. » Déclara Mathias tout fier de lui.

            « Mon père vous êtes génial. Affirma Melvyn en sortant un papier de sa poche, Tenez mon numéro, je finis vers 21h30, appelez-moi à ce moment-là. Sans fautes hein même si vous ne voulez pas dormir à la maison, vous devez rencontrer Jade et Léna.« 

            « Avec plaisir monsieur Billot. » Répondit Joyeusement Mathias.

            « Melvyn.« 

            Mathias lui dit qu’il allait se rendre à l’Église pour voir son confrère, histoire de trouver comment passer des vacances divertissantes, utiles et chargées.

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