Les racines de l’hiver – le poids de nos anêtres, chapitre 13 et 14

Chapitre 13

            Le nouvel an était une occasion de célébrer et contrairement aux pratiques du début du siècle, on évitait maintenant de faire de bonnes résolutions, du moins ce n’était plus une projection mais un constat.

            Dorénavant on célébrait les réussites et l’on constatait les bonnes résolutions, dans les actes de l’année qui se terminait. Plutôt que de se donner des quantités folles d’objectifs insurmontables lors d’une seule soirée, on s’attelait plutôt à faire quelques choix plus judicieux tout au long de l’année.

            Le taux d’abandon des bonnes résolutions la première semaine de Janvier avait drastiquement baissé, les pratiques n’ayant pas encore été adoptées. Cependant de nombreux toasts étaient portés pour les accomplissements de tout un chacun lors de la soirée.

            C’étaient donc généralement les personnes qui avaient pris le plus grand nombre de bonnes habitudes, qui finissaient les plus avinées et en plus de cela elles faisaient trinquer les autres. Le seul remède à cette épidémie de gueule de bois se trouvait dans la résolution d’abstinence d’alcool, qui était rarement entreprise par tous les membres d’une même soirée de réveillon.

            Ce n’était pas le cas pour les trois colocataires et ils célébraient à peu près tout, de l’entretien hebdomadaire réussi du poulailler jusqu’aux votes remportés dans les décisions communales. Chaque bon souvenir était prétexte à un toast et ils étaient nombreux.

            La température avait certes baissé dans la nuit mais cela n’empêcha pas les fêtards de se retrouver dans le jardin à minuit passé, pour trouver quelque réussite dans leur méthode de jardinage qui vaille la peine de lever son verre à nouveau.

            Tous les invités dormaient sur place, leurs pieds ne semblaient plus être très à l’écoute pour les ramener chez eux. Les sujets fâcheux ayant été évités, l’ambiance du nouvel an était à l’optimisme, on remerciait l’année qui se terminait de tous les bienfaits qu’elle avait pu apporter et on demandait à la suivante de les multiplier.

            Le lendemain, le trou de mémoire des convives fut proportionnel à celui qui s’était créé dans la réserve d’alcool des colocataires. Bien que cette fête soit souvent dans la démesure, il était bien possible que les excès de cette année fussent encouragés par les hôtes. En effet ils avaient bien envie d’oublier certains évènements récents et ils relâchèrent la pression, autant qu’ils en servirent.

*

            Mercredi 5 Janvier 11h, Jade et Léna étaient éveillées dans le salon de la maison. Jade s’entraînait à lire en braille comme à son habitude, vu que les volets étaient clos et qu’ils économisaient au maximum l’électricité durant les heures du couvre-feu diurne. Elle avait adapté ses loisirs, dont la lecture, à la luminosité manquante.

             Léna quant à elle se laissait portée par la sérénité de sa pratique quotidienne de méditation. Le nouvel an avait été sacrément bien fêté et toutes deux n’avaient aucune obligation de travail ce jour-là, bien qu’elles trouveraient sûrement quelque chose à faire cet après-midi, elles comptaient profiter de leur repos.

            Le sujet du blog n’avait pas été évoqué souvent depuis la visite au bureau supérieur, à vrai dire les filles agissaient comme si cela n’avait pas eu lieu, trouvant d’autres occupations pour éviter de ruminer.

            Léna passait une grande partie de son temps à enseigner le Taï Chi et la méditation sur la place du kiosque. Jade quant à elle rejoignait beaucoup de clubs de sport, pour enseigner et pratiquer selon ses capacités, les relations de maîtres-élèves étant bien plus floues depuis les changements des dernières décennies.

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             Les anciens modèles rigides hiérarchiques verticaux s’étaient peu à peu horizontalisés, de sorte que les élèves les plus expérimentés devenaient assez naturellement professeurs des nouveaux.

             Le professeur cherchait bien plus souvent à intéresser l’élève dans sa progression, plutôt que d’en faire un objectif. Il était difficile de mettre des paliers, des niveaux de progression alors que chaque personne avait ses affinités et ses points de faible intérêt.

            Les synergies entre pratiquants étaient aussi très recherchées. Certains sports avaient gagné énormément de participants, la course en relais était devenue bien plus représentée que la course individuelle par exemple.

            Elles allaient aider aux champs, aux travaux communaux et participer à l’effort collectif dans les épiceries communautaires, un nom bien simple pour représenter tout le tissu complexe que représentaient les boutiques communales. C’était une organisation de l’effort de tous les habitants de la commune qui partageaient leur temps et leur énergie, pour produire et redistribuer à moindre prix les produits de première nécessité à tout un chacun.

 Ces fameux produits issus en partie des champs citoyens, le modèle économique n’en était pas totalement exempt, les produits restaient à acheter mais avec le revenu universel et les prix extrêmement bas, tout le monde mangeait à sa fin.

            De plus comme tout le monde travaillait gratuitement aux champs, aux manufactures communales et aux autres services de première nécessité, les coûts de production se limitaient à la matière première.

            Tout le reste de l’économie de ce qui se vendait, était de seconde nécessité et les prix s’équilibraient par l’action des vendeurs et le prix moyen du marché.

            C’est toute cette façon de vivre qui permettait à Jade et Léna de ne pas se fixer dans une carrière, dans un travail identique chaque jour de la semaine. Elles pouvaient se retrouver techniquement au chômage journalistique et être toujours autant occupées, en amenant un travail utile. De plus personne ne leur en voudrait de prendre une pause dans le travail.

             Le plus souvent les gens revenaient d’eux-mêmes dans le circuit des activités pour participer à l’effort commun, pour voir du monde, renforcer leurs connaissances techniques, etc…

             Des vocations fleurissaient souvent avec cette façon d’expérimenter différents métiers. Les personnes qui focalisaient sur une activité devenaient assez souvent, des référentes dans le domaine, organisant cette dernière à l’échelle de la ville.

            Comme tout le monde se fréquentait en se croisant lors d’un travail temporaire, une tâche d’intérêt général… Les noms finissaient par se retenir et par se transmettre via le bouche-à-oreille. La fonction acquise de la personne se légitimant peu à peu.

            Cependant, ni Léna ni Jade n’avaient projeté de devenir des professeurs de Taï Chi ou de biathlon, elles s’occupaient tout simplement. Lorsque Léna stoppa sa méditation, elle ouvrit les yeux pour s’habituer à la quasi-obscurité, cela lui prit quelques secondes. Elle voyait Jade assise sur le canapé, les yeux fermés, passant lentement ses doigts sur les petits points saillant du bouquin, Léna en ignorait le titre, ne voyant et n’en touchant pas la couverture plaquée contre les cuisses de Jade.

            Elle vint se loger doucement contre Jade, s’asseyant suffisamment bruyamment pour ne pas surprendre son amie. Lorsqu’elle fut en contact avec elle, Léna pencha sa tête pour se mettre contre l’épaule de Jade, cette dernière lui rendit le mouvement accolant son oreille contre le sommet du crâne de Léna.

            « Que se passe-t-il Lén’ ? » L’interrogea Jade.

            « Rien de spécial, j’avais envie d’un câlin. » Répondit-elle avec un sourire.

            « Tu le fais rarement quand je lis, tu es sûre que tout va bien ?« 

            « Oui ça va. Je me demande quand même ce que fait Melvyn, il sort souvent en ce moment et il ne nous dit pas grand-chose, j’ai l’impression qu’il nous cache un truc.« 

            « C’est même sûr, ça ne m’étonnerait pas qu’il continue de voir le journaliste ou du moins de correspondre avec lui. » Affirma Jade

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            « Mais je pensais qu’on était plutôt d’accord pour ne pas donner de suite à cette piste. » S’étonna Léna.

            « Moi aussi mais on a peut-être mésestimé la colère de Melvyn. En tout cas je ne dis rien car le connaissant il va venir nous en parler à un moment ou un autre.« 

            « Et puis on voit plus beaucoup Mathias non plus… » Soupira Léna.

            « C’est vrai mais c’est normal, on ne le connaît que depuis peu et je crois qu’il se sent un peu coupable, c’est bien son genre. » Conclut Jade.

            « Moi j’aime bien son genre. » Laissa échapper Léna, dans un souffle.

            « Ooooh d’accord, tu choisis la difficulté toi. » taquina Jade.

            « Moui je sais que c’est un prêtre et qu’il est bien plus âgé, mais il est tellement gentil et serein. J’aime bien passer du temps en sa présence. » Avoua-t-elle.

            « On peut l’inviter de temps en temps, pas seulement pour cette histoire. » Proposa Jade

            « Je me demande à combien de jours de vacances les prêtres ont droit ? Tu crois que c’est un nombre précis par an ? hors circonstances spéciales comme celles qu’il a connu.« 

            « Aucune idée, en tout cas s’il ne s’en sort pas avec ses supérieurs, il aura peut-être une vacance permanente…« 

            « Ce serait dommage, il aime tellement ce qu’il fait. » Chuchota Léna, en s’enfonçant dans un demi-sommeil.

            Jade n’était pas surprise, Léna avait toujours été comme cela, quand bien même elle avait une attirance pour une personne, elle ne cherchait pas à obtenir quelque chose d’elle. Jade avait trouvé cela étrange quand elle avait commencé à connaître Léna. Elle se rendait compte de ses petits coups de cœur de temps en temps, mais Léna avait eu très peu de relations. Ces aventures s’étaient souvent terminées car ses petits amis et petites amies avaient l’impression de ne pas compter à ses yeux.

            Or c’était tout l’inverse, beaucoup de gens importaient aux yeux de Léna, il fallait creuser pour le comprendre. La femme rêveuse aimait voir les gens s’épanouir, être libres et se réaliser pleinement or on ne pouvait le faire en s’accrochant trop au point de vue des autres, ou d’une seule personne. Ce que l’on appelle souvent amour, était plus vu comme de la passion ou de la vénération, du point de vue de Léna. Lorsque son ou sa partenaire, commençait à présenter ces signes de dépendance, elle essayait de l’empêcher de s’emprisonner dans ce besoin de validation constant, de la part du ou de la partenaire, ce que beaucoup prenaient pour un désintérêt ou un rejet.

            Léna n’avait pas besoin d’avoir de l’amour en retour, elle aimait un point c’est tout, elle voulait simplement que les gens soient heureux. Jade passa le bras autour de son amie, pour lui masser distraitement l’épaule et la bercer.

            Jade utilisa sa main restante pour lire le braille, elle voulait laisser la somnolente rêveuse, voyager vers un endroit où elle pourrait se balader, main dans la main avec son tout nouveau béguin.

*

            Mathias était en train de prier dans l’église Notre-Dame de Nazareth, à Trets, la végétalisation des murs avait permis de garder la fraîcheur habituelle des églises. Il était à genoux sur le marchepied de bois qui était accolé à chaque banc, il s’était mis dans le premier rang tout prêt de l’autel. Les récents évènements le faisait se sentir un peu perdu et il trouvait réconfort dans sa communion spirituelle.

            Il avait discuté avec Melvyn et ce dernier semblait vouloir ne pas en rester là avec l’affaire. Pourtant Mathias avait essayé de l’en dissuader, il savait très bien que Melvyn ne souhaitait aucun mal en informant les gens, mais il risquait des poursuites judiciaires, de créer une avalanche d’évènements négatifs, de bouleverser des mœurs et méthodes qui n’étaient pas prêtes à l’être.

Melvyn lui avait soutenu que toutes les grandes avancées et révélations se faisaient dans ce genre de contexte, alors pour une si petite chose que de permettre aux gens de s’enterrer, dans la terre justement, il ne devrait pas y avoir tant d’obstacles.

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            Mathias voyait bien que dans son emportement, Melvyn défendait maintenant la cause de l’enterrement en vraie terre, plus que l’affaire du blog. Il avait essayé de le calmer, cela avait attisé sa colère, croyant que son nouvel ami ne le soutenait déjà plus.

            Et effectivement Mathias ne le soutenait pas dans ces décisions irréfléchies et prises sous le coup de la colère. Il suffisait de faire attention pour s’en rendre compte, Melvyn avait clamé devoir continuer de lutter contre le C.I.G, pourtant il essayait de convaincre seulement Mathias et non pas Jade et Léna, avec qui il tenait le blog.

            Le prêtre espérait que son ami ne se lancerait pas dans une sorte de croisade, pour un sujet qui avancerait de toutes manières avec le temps. Que Melvyn ne se poserait pas en une sorte de martyr, pour mettre en place un nouveau comportement sociétal, que le pays n’était pas préparé à bien assimiler.

            Mais il n’avait pas réussi à le décourager, il n’avait fait que le rendre encore plus colérique. Bien que Melvyn soit responsable et maître de ses actes, Mathias se sentait légèrement coupable. Lorsque le prêtre sortit de sa prière, il put voir le père Jean à côté de lui.

            « Tout va bien Mathias ? Je vous ai vu bien préoccupé ces derniers temps. » S’inquiéta Jean.

            « Je le suis en effet, Jean. J’ai l’impression d’avoir fauté en voulant bien faire. » S’apitoya Mathias

            « Et quoi de plus répandu ? Nous suivons le chemin qui nous semble juste mais nous n’avons pas la sagesse du seigneur. Avez-vous fait de votre mieux ?« 

            « Je ne sais pas, peut-être aurais-je pu mieux me débrouiller. » Dit Mathias, pensif.

            « Voilà l’objectif ! Faire mieux, plus charitable, plus respectueux tout en restant humble. » Déclara le père Jean.

            « Je sais et suis d’accord avec cela. J’ai juste l’impression que sachant ce que je sais, je devrais encore agir.« 

            Le père Jean, semblait visiblement amusé par la discussion, il s’assit sur le banc rapidement imité par Mathias qui sentit ses genoux le remercier de changer de position. Le regard de père Jean se perdant dans les vitraux, faiblement éclairés par la lumière extérieure qui filtrait à travers le mur de végétation. L’aîné s’exprima presque en chuchotant.

            « Sommes-nous ici-bas pour changer le monde confié par notre seigneur ? Ou pour rassurer ses créatures sur sa bienveillance ?« 

            « Si bienveillant qu’il nous a laissé libre d’agir, libre de penser. » Répondit Mathias.

            « Et libre de douter, pour que nous puissions choisir de croire. » Ajouta Jean.

            « Je crois que je dois encore faire quelque chose pour veiller au bien-être de ses créatures. Mais je me sens coupable, j’ai participé à l’émergence de ce problème.« 

            « Avez-vous encore un contrôle sur l’évolution de ce problème ? » Demanda Jean.

            « Pas entièrement, je ne suis plus seul dans l’histoire. » Concéda Mathias.

            « Pouvez-vous raisonner les autres personnes ? Êtes-vous sûr que votre solution est meilleure que la leur ?« 

            « Qui peut vraiment le savoir, à part le Seigneur ? » Lui renvoya Jean.

            « Alors agissez en votre âme et conscience et quoiqu’il arrive veillez à ne pas faire plus de mal, le reste n’est pas en votre pouvoir. » Affirma le père Jean

            « Cela tombe bien, sourit Mathias, je ne cherche pas à avoir un pouvoir sur ce problème, je cherche à le perdre.« 

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*

            17h, Melvyn regardait sa vieille et fidèle montre, mâchouillant nerveusement une barrette mentholée. Il était assis à la même place du même café où il avait rencontré James la première fois, il tapotait mécaniquement du pied, regardant chaque nouveau visage qui entrait dans son champ de vision avec attention, il ne voulait pas rater l’arrivée de son complice.

            Il l’avait recontacté le 28 Décembre, le lendemain du rendez-vous dans le bureau supérieur du C.I.G, il l’avait alors fait sous le coup de la colère. En relançant James sur l’affaire, Melvyn avait affirmé être partant et qu’il voulait faire payer le C.I.G.

            Oui mais voilà qu’aujourd’hui il n’était plus sous le coup de sang du 28 décembre, pourtant il en voulait toujours autant au C.I.G, il avait l’impression d’étouffer sous sa colère.

            Comme si l’interdiction de publier lui avait aussi museler la mâchoire, il ne parlait plus si souvent, lorsqu’il s’exprimait c’était souvent en grognements ou avec peu de mots et sèchement.

            Melvyn avait longtemps était un colérique, gérant difficilement ses émotions, avec le journalisme il avait réussi à canaliser cela. Il avait pu mettre son énergie dans les nombreux déplacements, les recherches et en enfonçant maintes fois le pied dans la porte.

            En revanche le dernier échec, évènement très stressant, et le fait qu’on lui avait retiré son exutoire d’un seul et même coup l’avait déstabilisé, fragilisé.

             Depuis il rongeait son frein, même la soirée du nouvel an ne lui avait pas vraiment remonté le moral.

            James débarqua assez prestement pour surprendre Melvyn, qui sursauta.

            « Hé je fais si peur que ça ? S’amusa James. Salut Billot, alors pourquoi ce rendez-vous ?« 

            Melvyn ne décrocha pas un mot, il sortit un dossier de sa sacoche et le posa sur la table, du bout des doigts il le poussa tranquillement vers James. Ce dernier le prit et l’ouvrit immédiatement pour en parcourir le contenu, James semblait amusé par ce qu’il y trouvait, de page en page il alternait entre pouffement et rictus amusé. Melvyn commençait à perdre patience à observer le journaliste, lorsqu’au bout d’un quart d’heure il ferma brusquement le dossier.

            « Ok c’est pas mal. » Décréta James.

            « Pas mal ? » S’étonna Melvyn.

            « Oui ça pourra intéresser mon supérieur. Après ce n’est pas le premier projet que le C.I.G ai refusé de manière … préventive.« 

            « Vous vous rendez compte qu’ils suppriment des emplois, des vocations, juste par prévention. Alors qu’il pourrait, je ne sais pas moi, juste expliquer et réorienter.« 

            « Vous êtes comme moi, on est de la nouvelle génération. On a le temps, on peut faire un peu ce qu’on veut comme activité. Si on ne travaille pas pendant un mois, le monde ne s’effondre pas.             Le C.I.G c’est l’inverse, s’ils s’arrêtent une seule seconde de fonctionner, il y a une réaction en chaîne. »  Expliqua James.

            « Vous soutenez leur politique de censure, obscurantiste ? » S’indigna Melvyn.

            « Je ne soutiens ni ne condamne, j’ai appris ça en faisant du grand journalisme ! s’esclaffa-t-il en mimant des guillemets avec ses mains. Simplement je vous préviens, le C.I.G est plus utile que votre blog, le mieux qu’on puisse avoir c’est suffisamment d’attention. Assez de cette attention médiatique sur le sujet de l’enterrement en vraie terre et si ça marche et que ça émule l’intérêt des gens, vous pourrez vous poser en défenseur de la cause.« 

            « Je comptais surtout reprendre le blog là où il a été arrêté.« 

            « Oui c’est très bien mais il faudra probablement l’orienter, être plus militant, si vous voulez garder l’intérêt des gens. » Rajouta James.

            « Donc en résumé, pour réhabiliter mon blog, jugé trop influençant, vous me demandez de l’être encore plus. » Ironisa Melvyn.

            « Exactement !« 

            « Vous êtes c… taquin vous !« 

            « Ah non mais vous pouvez y aller ! Ça ne me gêne pas d’être traité de con, quand il faut jouer au plus grand des cons, j’aime bien avoir du soutien. » S’amusa James

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            « C’est une blague ? S’offusqua Melvyn, Une caméra cachée ou quoi ?« 

            James se tourna pour montrer la place autour de lui, pointant les angles des rues et il pointa ensuite leurs voisins de terrasse.

            « Vous voyez ? Pas de caméras et nos voisins m’ont l’air de couvrir notre discussion, tellement ils parlent fort, alors même s’ils avaient un micro, je crois qu’on ne nous entendrait pas. » Se défendit James.

            « Qu’on soit bien clair, je croyais que vous pouviez m’aider avec mon problème, pas que vous m’érigeriez en défenseur de cause, en martyr. » S’insurgea Melvyn.

            « Oh comme vous y allez, je vous explique ce que les médias peuvent vous donner, une exposition, un quart d’heure de gloire. Si vous voulez en faire quelque chose après, il faudra que cela reste percutant.

             Si vous n’avez pas le soutien d’une communauté derrière vous, que pensez-vous qu’il se passera une fois le reportage terminé ? Vous aurez enfreint la décision du C.I.G, tout en le dénonçant négativement à un sacré tas de téléspectateurs. Si personne ne vous soutient derrière, vous tomberez dans l’oubli et le C.I.G vous verra comme une vraie menace. Je ne crois pas qu’ils s’arrêteront à trois mois de suspension cette fois. » Développa James.

            « Parce que vous pensez vraiment qu’ils vont nous laisser réouvrir notre site ? » S’étonna Melvyn.

           « Si vous restez dans les clous, c’est-à-dire les limites qu’ils vous ont enseigné, j’en suis sûr !« 

            Melvyn se tut, baissant le regard et rentrant les épaules, pensif, il se gratta machinalement le menton. Il semblait que la solution qu’il imaginait se révélait trop simple, il aurait voulu battre le C.I.G et récupérer son activité, pour reprendre son train-train quotidien. Parfois il en venait à maudire cette idée de reportage mais il se reprenait bien vite, il avait simplement fait son métier. Le coupable finissait toujours par être le même aux yeux de Melvyn, il s’agissait bel et bien du C.I.G.

            Voulait-il vraiment prendre la défense d’un sujet, qu’il soutenait certes, mais qui n’était pas vraiment sa cause à proprement parler. Il était convaincu d’être dans son droit pour défendre sa liberté d’expression, pour autant il ne savait pas comment s’y prendre pour défendre la liberté des rites mortuaires. C’était comme mettre le pied dans un monde inconnu, bien sûr il pourrait se documenter mais il tomberait surement sur des arguments contraires, probablement ceux brandis par le C.I.G.

            L’idée germa dans son esprit embrumé, comme la jeune pousse reçoit les premiers rayons de soleil. Ces arguments, il pourrait aussi s’en servir à son avantage, il releva la tête et s’adressa à James plus calmement.

            « Il y a un coup à jouer mais il me faut plus de temps. » Dit Melvyn en souriant.

            « Plus de temps pour quoi faire ? » L’interrogea James, curieux.

            « Me préparer à défendre une cause que je ne connais pas.« 

            « Ah ? Et votre blog dans tout ça ?« 

            « Il est inactif pour au moins trois mois, non ? » Ironisa Melvyn.

            Melvyn lâcha la dernière phrase d’un air entendu, un sourire narquois aux lèvres. Le regard qu’il lança à James en disait long, il avait une idée derrière la tête, le journaliste de chaîne nationale se contenta d’hausser les épaules, souriant à son tour il remit le dossier à Melvyn et s’écria presque.

            « Entendu alors ! Mais quand me commanderez-vous enfin à boire ?« 

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Chapitre 14

            Le lendemain matin, Melvyn était au « Blé d’Art » en train d’ouvrir le magasin et de vérifier la propreté des rayons, quand Léo vint vers lui.

            « Dis-moi Melv’ c’est toi que j’ai entendu siffler tout à l’heure ? » Le questionna le géant.

            « Euh peut-être, sûrement même, pourquoi ? » S’étonna Melvyn.

            « Parce que ça fait plaisir, en ce moment tu es plutôt du genre … à faire la gueule.« 

            « Oui c’est pas faux, mais j’ai trouvé une solution à ce fameux problème. » Déclara l’ex-journaliste, tout fier.

            « Ah, tu m’en diras tant ? » Répondit Léo.

            Melvyn acquiesça et voulut partir sur le côté, il fut retenu par une poigne ferme. Léo attendait qu’il en dise tant et même plus, comme le signifiait son geste de la main. Melvyn décida de lui partager son idée, en plus il aurait besoin d’un maximum de réseau pour que cela se réalise de la meilleure des manières. Une fois le plan exposé, Léo paraissait pour le moins dubitatif.

            « Je crois que je vois où tu veux en venir mais c’est alambiqué ton truc. » Conclut Léo, pensif.

            « Pas tellement vu ça arrange tout le monde, le C.I.G et nous.« 

            « Mouais … C’est bien beau, en principe, mais je sais pas si tu pourras de nouveau blogger après ça.« 

            « Et pourquoi pas ? » Rétorqua Melvyn.

            « Tu ne crois pas qu’ils vont comprendre que c’est juste une technique ? » Douta Léo.

            « Et si ce n’était pas seulement cela ?« 

            Melvyn avait ce même grand sourire énigmatique que celui qu’il avait affiché à James, Léo hocha la tête en faisant une moue assez étrange en signe d’approbation, visiblement il ne savait pas trop quoi penser du plan mais il faisait confiance à Melvyn.

            « Tu m’aideras ? demanda timidement Melvyn, enfin tu essaieras ?« 

            Léo parut perplexe un instant puis il hocha de nouveau la tête, Melvyn exulta et lui sauta dans les bras l’enserrant fortement. Puis il l’embrassa vigoureusement, avant de reculer sa tête et de lui dire un franc merci.

            « Tu sais que t’es pas facile toi, sourit Léo, tu te rends compte que ce que je dois chercher ? Non mais je vais le présenter comment ?« 

            Riant à moitié il donna une tape au cul de Melvyn et s’éloigna dans le magasin, mimant un combiné téléphonique avec sa main qu’il porta à sa joue, puis il imita un appel téléphonique.

            « Allô oui bonjour, ça va bien ? Dites-moi, cous auriez quelqu’un dans la famille qui va bientôt mourir ? Non parce que ça m’intéresse !« 

            Melvyn éclata de rire, effectivement ce qu’il demandait à Léo était très inhabituel et probablement difficile à présenter, en tout cas, pas sans passer pour quelqu’un d’étrange. Léo secoua la tête en pouffant.

            « Non mais j’te jure Melv’, des fois …« 

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*

            Le soir de ce même jeudi, Melvyn avait appelé Mathias et l’avait invité à manger. Il s’était montré honnête et lui avait dit qu’il comptait aussi parler à nouveau de l’affaire, qu’il voulait s’excuser de son comportement et lui parler des nouveaux éléments. Mathias avait accepté et arrivait à ce moment même devant le portillon.

            Lorsqu’il sonna la cloche ce fut Léna qui arriva à grandes enjambées jusqu’à lui et quand elle ouvrit le portillon, elle le prit dans ses bras. Il accueillit l’accolade avec surprise et lui rendit affectueusement puis se laissa accompagné par la pétillante dame, jusqu’à l’intérieur.

            Melvyn s’occupait du repas, il y tenait et semblait y apporter un grand soin. Il avait aussi l’air de bonne humeur, fredonnant un air pendant qu’il virevoltait entre ses plats dans la cuisine.

            Jade attendait Mathias dans le salon pour le servir, les deux femmes et le prêtre commencèrent l’apéritif. Finalement Mathias amena les amuse-bouche, délaissant enfin ses fourneaux, il les rejoignit et les quatre se retrouvèrent autour de la table basse. Apparemment Melvyn avait promis une explication à tout le monde, car ils avaient tous les yeux rivés sur lui.

            Et il savourait son petit effet le sagouin, prenant son temps avant d’ouvrir la bouche.

            « Mes amis si je vous ai réuni ce soir, c’est pour porter un toast en l’honneur de notre belle ville …« 

            « Oh arrête de nous faire languir ! S’exclama Jade en souriant. Viens-en au fait saligaud.« 

            « Bon d’accord, se ravisa malicieusement Melvyn, j’ai une idée et je pense qu’elle va satisfaire tout le monde.« 

            « Ah ?« Firent en chœur Mathias et Léna.

            Melvyn commença à agiter ses mains sur la table basse, comme s’il schématisait ce qu’il expliquait, utilisant parfois les coupelles d’apéritifs pour symboliser les différents acteurs de son récit.

            « Oui, nous avons un souci avec le C.I.G, avec l’Église aussi, surtout toi Mathias. Donc nous connaissons actuellement le mauvais moyen de faire les choses, mais si nous prenions les nouveaux éléments qu’ils nous ont donné pour en faire notre défense ?

            Je m’explique, si nous étudions les cas des autres pays pour voir ce qui ne va pas ? Et en nous appuyant sur ceux qui ont réussi, nous proposons un plan permettant de mettre en place un cadre sain et sécurisé, en France. » Proposa Melvyn.

            « Tu parles bien de l’enterrement en vrai terre ? » Coupa Jade.

            « Oui pardon, précisons-le c’est bien de cela que je parle. Donc si nous montons une proposition acceptable pour faire passer l’enterrement en vraie terre, je pense qu’il sera plus difficile à refuser. » Reprit Melvyn.

            « Oui mais, intervint Léna, ce n’est pas notre rôle non ? Nous on voulait juste continuer notre blog.« 

            « Et j’ai compris, reprit Melvyn, que ce serait peut-être trop difficile, du moins dans notre forme habituelle. Et si nous passions sur du journalisme interventionniste ?« 

            « C’est très engagé et influençant ça, non ? » S’étonna Léa.

            « Seulement quand on nous retire un sujet. On peut se concentrer sur le journalisme conventionnel tant qu’on ne nous met pas de bâtons dans les roues, dès qu’on nous empêche de traiter un sujet, hop ! On essaie de défendre la cause. » Répondit Melvyn.

            « J’aime bien l’idée Melv’, assura Jade, mais ce genre d’histoire ça prend du temps à monter, Voire une structure, au moins associative.« 

            « Du temps on en a maintenant, non ? » Suggéra Melvyn.

            « Tu proposes donc, intervint Mathias, de nous faire les porte-paroles de la cause, d’essayer de faire valider juridiquement ce type d’enterrement. Tu sais que ce genre de bataille légale peut prendre des mois, voire des années, notamment parce que des gens vont s’y opposer.« 

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            « Oui mais nous allons surtout le mettre sur le devant de la scène, faire un reportage documentaire qui montre en quoi c’est faisable, quels en sont les bénéfices et comment en éviter les conséquences négatives. Nous n’allons pas traîner l’état en justice pour faire autoriser cela. » Se défendit Melvyn.

            « Mais il faudrait aller dans les pays qui l’ont déjà expérimenté, coupa Léna, faire des interviews de familles, se procurer et examiner des documents de ces pays. Tout ça risque d’être bien compliqué.« 

            « Sauf si on prend toutes les connaissances sur internet, c’est un peu notre domaine, non ? On vérifie nos sources, on prend sur les sites officiels des pays qui l’ont pratiqué, on recueille des témoignages écrits par visio-conférence et surtout on y accole notre expérience. » Argumenta Melvyn.

            Les trois autres eurent un soupir un peu désespéré quand Melvyn évoqua la solution de se remettre en avant. Ils secouaient la tête plus ou moins énergiquement, en signe de désapprobation.

            « Melv’ … démarra Jade, si on s’expose à nouveau, les sanctions seront pires. Mathias risque d’être viré des ordres et nous on a une grosse amende qui n’attend que de tomber. Sans parler de se faire traîner dans la boue par le C.I.G.« 

            « Sauf que nous sommes interdits de publication pour 3 mois. Monter le dossier peut-être aussi long que cela, voire plus, en plus Mathias tu ferais cet interview en t’excusant, montrant que tu pensais en toute bonne foi, apporter une solution et non un risque. Ce qui t’as amené à réfléchir sur la manière d’éviter que la mauvaise pratique ne se reproduise. » Insista Melvyn.

            « Intéressant, dit Mathias pensif, si nous avons la sympathie du public, il serait plus dur de nous blâmer pour une faute dont on essaie de se faire pardonner. Je serais assez sincère d’ailleurs dans mes excuses car je suis attristé de voir à quel point cette histoire puisse léser tant de gens. Le plus gros souci restant, serait d’arriver à diffuser ce documentaire, on peut être sûr que le C.I.G s’y opposera farouchement.« 

            « En amont il le pourrait, sourit Melvyn, mais pas s’il apprend son existence quand il est déjà largement diffusé.

             Imagine qu’en plus, il apprenne son existence par des commentaires de spectateurs qui trouvent que le C.I.G a raison de mettre en garde contre cette pratique. Le public pourrait vanter les mérites du C.I.G et aller leur demander directement, conseil. » Déclara Melvyn, fier de son idée.

            « C’est fourbe Melv’, s’amusa Jade, mais tu sais que c’est jouer avec le feu. Si jamais ça filtre avant, on se fera foudroyer en un rien de temps et même après ils garderont sûrement rancune envers nous.« 

            « On se fera aussi petits que possible, c’est simplement pour montrer que notre approche n’était pas malintentionnée. On va les suivre leurs cours de bon journalisme à la noix, c’est seulement pour comprendre quels sujets sont sensibles. Ce n’est pas pour éviter d’en parler mais plutôt savoir comment le faire.« 

            « Tu as l’air convaincu Melv’, reprit Léna, mais je pense que c’est surtout ta fierté blessée qui parle. Personnellement je le sens mal ce numéro d’équilibriste.« 

            « Il y a bien une part de ça Léna, c’est vrai. Je pense aussi que c’est le moment de transformer cette énergie, cette colère, en quelque chose de mieux, j’ai envie de crier à l’injustice mais c’est égoïste. Si l’on arrive à libérer les rites mortuaires, si l’on permet aux gens de respecter leurs morts à leur façon, je crois que notre combat aura une utilité plus grande. » S’enflamma le jeune homme.

            Alors que Jade et Léna avaient plutôt décider de laisser couler et d’accepter les changements récents, Melvyn leur exposait enfin ses récentes ruminations, les changements il les souhaitait siens.

            Mathias doutait vouloir risquer sa place dans les ordres sur un plan aussi incertain. Sa première vocation comme il l’avait affirmé, était de soutenir les gens. Thomas Cantel n’était pas la première demande d’enterrement en vraie terre qu’il avait reçu.

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            De nombreuses fois il avait hésité, ce qui le décida à passer le pas fut la mort de son ami, se rebellant par la même occasion contre les directives de l’Église. En fait il était prêt à assumer son acte, prêt à assumer qu’il avait permis à son ami mourant de trouver le repos, pour son esprit. En revanche il ne souhaitait pas assumer une catastrophe sanitaire, en continuant dans une voie qu’il ne connaissait pas vraiment.

            Jade et Léna connaissaient bien l’expression du visage de Melvyn, il était déterminé et serein, le plan pouvant se monter sur plusieurs mois, cela les occuperait. Si l’échec de la manœuvre s’avérait trop évident, elles pourraient toujours arrêter.

            Elles se regardèrent entre elles puis en direction de Mathias, les regards s’entre-croisants, des haussements d’épaules furent échangés, on pouvait lire sur leurs expressions corporelles ‘pourquoi pas?’

            Elles tendirent leurs mains pour serrer celle de Melvyn en signe d’accord, Melvyn les accepta avec gratitude, puis tourna son regard vers Mathias, ce dernier prit un certain temps avant de se mouvoir mais il finit par se pencher vers Melvyn et lui serrer la main aussi. La décision était prise, ils avaient désormais une mission.

*

            Mercredi 2 Février 17h, Melvyn était au « Blé d’Art« , il s’occupait de balayer les rayons et d’aider les clientes et clients, pour les renseigner et les conseiller sur les derniers arrivages. Il frissonnait en sentant la fraîcheur hivernale à chaque client qui ouvrait la porte.

            Melvyn était heureux d’avoir froid, c’était le moment de l’année où il se sentait rassuré de savoir qu’il pouvait encore faire cette température-là. Chaque année la température moyenne grimpait de quelques centièmes de degrés, parfois d’un dixième. Et les scientifiques débattaient toujours à propos du moment fatidique. Quand est-ce que les pays considérés comme froids, deviendraient à leur tour des pays chauds ? Sachant que les zones près des pôles subissaient, plus rapidement encore, les effets du réchauffement climatique.

            Ce frisson d’aise était souvent doublé d’un frisson d’effroi, un jour il ne ressentirait peut-être plus de frais nulle part ailleurs que sous une ventilation artificielle. Pourtant les efforts de sobriété avaient réduit drastiquement les émissions de GES. Les précédentes émissions du début du siècle avaient entraîné des effets boules de neige, un terme très mal utilisé pour l’occasion, la neige fondant à vue d’œil même sur les hauts sommets. Des boucles de rétroactions positives, voilà le nom que l’on donnait aux phénomènes qui perduraient, malgré la réduction de leur cause première.

            En effet, le permafrost qui avait fondu libérait à son tour des gaz dans l’atmosphère, certains pires que d’autre dans leurs effets négatifs. Les banquises presque disparues, ne renvoyaient plus autant la lumière du soleil, leur vaste blancheur éclatante réduite à un archipel d’îlots grisonnants.

            Tout était mis en place pour ralentir cette catastrophe et pourtant elle s’accélérait. L’être humain se rendait compte qu’il n’avait pas le contrôle sur la nature, il pouvait tout au plus l’optimiser mais il ne pouvait s’en dissocier.

            Pourtant la solution à ce cataclysme serait sûrement dans une solution humaine. Quand on casse il faut réparer, aurait affirmé le grand-père de Melvyn, il eut un souvenir ému à cette pensée.

            Aujourd’hui, ceux qui voulaient réparer les dégâts fait à l’atmosphère, s’attaquaient à tout autre chose, au niveau de la difficulté de réparation, qu’à un vase tombé de la table.

             De nombreuses solutions étaient envisagées.

            Certains voulaient mettre en place des « voiles solaires ». Cela pouvait se résumer à étendre un linge, pas totalement opaque, autour de la planète, préservant les êtres vivants de certains rayons. Une solution très difficile à réaliser, même avec des particules, composant ce « linge », capable de se diviser. La quantité de matière à déployer serait énorme, de plus le manque de soleil n’était pas une bonne solution pour l’agriculture.

            D’autres voulaient réaugmenter l’effet d’albedo sur des zones très précises. L’effet d’albedo, qui était principalement tenu autrefois par les banquises, car plus la zone reflète le soleil moins elle l’absorbe, voilà ce que comprenait Melvyn à propos de cet effet d’albedo. Il l’avait lu sur un article de vulgarisation scientifique. Aujourd’hui, on peignait énormément les extérieurs en blanc, L’asphalte des routes rénovées avait été mélangé à un éclaircissant. Toutes les nouvelles constructions ou rénovations prenaient en compte des mesures de réflexions du soleil.

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            D’autres encore, cherchaient le moyen de créer une particule/enzyme ? un composé ? Melvyn ne savait pas trop quel nom il était prévu de lui donner. Ce composé pourrait se répandre dans l’atmosphère et se nourrir des gaz à effet de serre pour se multiplier. Des décennies plus tôt on avait fait de même pour le plastique, qui se dissolvait en ses principales composantes. Là on parlait de le disperser dans l’air et qu’il puisse s’attaquer au dioxyde de carbone, au méthane et toutes les autres joyeusetés à effet de serre. Tout cela sans toucher aux gaz importants, comme l’oxygène.

            Les projets étaient bien avancés selon les dires des laboratoires qui s’en chargeaient. En revanche, il n’y avait pas encore de produit miracle et encore moins stable, à l’horizon.

            Melvyn se perdait souvent dans cette réflexion écologique, en fait tous ses contemporains ou presque finissaient par avoir un sursaut d’angoisse pessimiste de temps en temps.

             Il la chassa de son esprit en se concentrant sur autre chose, il n’était pas un grand scientifique, il se contenterait d’agir à son petit niveau dans la sobriété et l’écologie, ce en quoi permettre l’enterrement en vraie terre devrait participer. Réussir à recycler même les corps humains, le niveau ultime de la fameuse économie circulaire.

            La mise en place du dossier avançait bien. Les témoignages de personnes souhaitant faire un enterrement en vraie terre, se multipliaient et les trois colocataires n’avaient pas à forcer la main pour en obtenir. Sachant que cela existait dans d’autres pays, l’idée commençait à se répandre. Les gens se voyaient bien immortalisés en arbres fruitiers plutôt qu’en plaque de marbre.

            Melvyn découvrit au long des témoignages, les différentes raisons pour lesquelles les gens voulaient recourir à ce type d’enterrement.

            Les jeunes adultes et adultes d’âge mûr, le voulaient souvent par conviction écologique.

            Les personnes âgées le voulaient plus souvent car cela leur donnait l’impression qu’ils auraient plus de visites, avec une telle sépulture.

            Les préoccupations étaient variées, certaines personnes voulaient pouvoir nourrir une terre qu’ils avaient toujours connu, faire partie intégrante du paysage qui avait bercé leur vie, d’autres y voyaient une réincarnation, dans le règne végétal.

            Mis à part quelques réactions véhémentes de certains conservateurs, les gens interrogés étaient plutôt neutres ou sympathisant envers la cause, ce qui annonçait du positif du point de vue de Melvyn.

            « T’es dans la lune Melv’ ? » Constata Amandine, le surprenant.

            « Euh oui pardon. Je pense à pas mal de choses mais apparemment pas à ramasser la poussière. » Constata-t-il.

            Il remarqua qu’il avait fait un énorme tas de poussière, qu’il avait trimballé dans tout le magasin durant ses rêveries. Il se gratta la tête d’un air contrit et commença à se pencher pour prendre la balayette, Amandine arrêta son mouvement, lui pinçant légèrement la joue.

            « T’as un traitement spécial toi, les autres employés je les enferme à la cave.« 

            « Quels autres employés ? » Rétorqua Melvyn.

            « Exactement ! » Répondit malicieusement Amandine.

            Il sourit et retourna à sa besogne, heureusement qu’Amandine et Léo étaient là pour le ramener à la réalité de temps en temps. Il passait beaucoup de temps dans l’élaboration du dossier, quand il ne se trouvait pas sur le terrain, il le planifiait. Melvyn se rendait compte qu’il aimait beaucoup cela, certes il ne publiait rien mais il était en contact direct avec les gens. Il se rendait compte qu’apporter une possible solution aux problèmes des gens, était parfois bien plus gratifiant que de simplement apporter de l’information. Mathias avait dû s’en rendre compte avant de partir, à la fin Janvier, il avait lancé des sourires entendus à Melvyn chaque fois qu’il l’avait vu, excité comme une puce par les avancées de la cause.

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