Les racines de l’hiver – partie 1 le poids de nos ancêtres chapitres 11 et 12

Chapitre 11

            Samedi 25 Décembre, Chez les trois colocataires il y avait de l’activité, non pas sur l’ordinateur qui n’avait pas été allumé de la journée mais dans tout le reste de la maison. Mathias était absent, partit aider le père Jean pour la messe. Les habitants officiels de la maison, ayant fort à faire, ne seraient pas trop de trois.

            Installer les guirlandes, habiller le sapin dans le jardin et mettre moults décorations dans toute la maison c’était déjà fait. Le plus dur était à venir, le repas étant une affaire militaire avec Jade au commandement, Melvyn et Léna au front, le délai était court et le nombre de tâches décourageant.

            Décourageant ? Pas pour ces défenseurs de la joie de vivre ! Pas pour ces acharnés de la convivialité ! Pas pour les irréductibles festoyeurs qu’ils étaient !

            On voulait les faire taire ? Bien, ils utiliseraient leur bouche pour manger !

            On voulait les empêcher de parler ? Bien, ils taperaient du poing sur la table à chaque blague !

            On voulait les museler ? Bien, ils feraient un tel chef d’œuvre culinaire que le simple fait de respirer le fumet allait les restaurer.

            Cette année, ils avaient convié un grand nombre d’invités, les parents de Jade qui vivaient à seulement 180 kilomètres au niveau de Montpellier. Les familles de Melvyn et Léna étaient plus éparpillées, Léo et Amandine devaient venir, Stan et quelques autres amis aussi. Ce qui monterait l’assemblée à une douzaine de personnes s’ils répondaient tous présents.

            Et pour ne rien arranger ils avaient décidé de faire énormément de plats, avec un maximum d’ingrédients venant de leur jardin. Bien sûr comme d’habitude ils avaient demandé à leurs invités de ne rien amener, à part de la boisson, mais bien entendu tous viendraient avec un plat, un dessert, des friandises ou tout autre type de petites attentions.

            L’organisation était primordiale dans la préparation d’un tel repas, car même le jour de Noël on ne remettait pas en question le couvre-feu diurne. Le rythme de vie qui s’était installé avec non plus, De 11h à 15h la plupart des gens dormaient, le sommeil était divisé en deux périodes, en moyenne quatre heures à la mi-journée et autant à partir de minuit.

            Les colocataires dormaient plus la nuit que le jour et encore une fois leur sieste journalière s’annonçait courte. Puisque les préparatifs avaient commencé à 6 heures du matin et à 11 heures seulement ils s’autorisèrent à déposer les ustensiles.

            Il restait principalement les plats à cuire et ceux à laisser refroidir. Rien de plus ne pouvait être fait à cet instant, alors que la chaleur à l’extérieur augmentait, ils allèrent se coucher.

            En décembre, Janvier et Février la chaleur était souvent supportable durant le couvre-feu diurne, mais toute la société s’était réorganisée autour de cette nouvelle façon de fonctionner. Réduire la consommation d’électricité aux heures où les panneaux solaires tournaient à plein régime, permettait de stocker l’électricité pour la soirée.

            Puis vint 18 heures, Léo et Amandine furent les premiers à se pointer. Ils avaient ramené des fruits de leur magasin et une bouteille d’alcool fait maison, puis apparurent Stan, les parents de Jade, trois voisins et un ami de Pourcieux.

            Les fêtes de Noël étaient devenues très hétéroclites depuis les deux dernières décennies.  Souvent organisées par rapport au lieu d’habitation des convives plutôt qu’aux liens familiaux. Le mode de vie et les restrictions de déplacement avaient changé les traditions en profondeur.

             La société s’était adaptée, tout le monde y trouvait maintenant son compte car les relations sociales aussi avaient évoluées, l’individualisme caractérisant le début du 21ème siècle n’avait pas perduré longtemps, après ces changements sociétaux majeurs.

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            Ce qui résultait en ce bel exemple d’assemblée joyeuse et animée, où seulement trois personnes avaient un lien de parenté entre elles, Jade et ses parents Melchior et Jess. Durant l’apéro l’ambiance était déjà au rendez-vous, Léo dansant avec Amandine et entraînant tout le monde avec eux.

            C’était un adepte de la fête et Noël était une occasion particulière pour lui, un jour où beaucoup de monde célébrait, quoique ce fut, suffisait à lui donner envie de le faire aussi.

            Léna était facile à entraîner dans la farandole, ainsi le salon fut rapidement une piste de danse et les verres et autres biscuits apéritifs furent rapidement délaissés.

            Poussant la musique à fond, tout le monde se mit à se trémousser y compris Jade et ses parents, qui au début étaient plutôt calmes. Melchior et Jess démontraient une habilité exceptionnelle à la danse.

             C’était un de leur loisir préféré et comme la redistribution du travail faisait des merveilles pour créer du temps libre, ils avaient développé un sacré niveau en s’y consacrant six heures par semaine.

            Ce fut au tour de Stan d’amener l’ambiance, il coupa la musique et sortit une guitare acoustique d’on ne sait où. Léo répondit à l’initiative instantanément et se mit en quête d’un tambour improvisé, qu’il trouva sous la forme d’un meuble creux. Alors le bœuf musical relança le rythme de la soirée, ils étaient déchaînés, certains avaient bien besoin de relâcher la pression …

            Chacun avait amené son cadeau fabriqué personnellement, Noël étant devenu la fête nationale du fait maison, cela incluait repas et cadeaux. Ils reposaient fièrement sous le sapin dans le jardin, les branches de ce dernier semblant se courber pour recouvrir chaleureusement ses petits protégés. Leurs emballages en papier recyclé les rendaient difficiles à identifier, l’économie et le recyclage était poussé au point que chaque emballage avait déjà servi au moins une fois et les étiquettes pour mettre les prénoms avaient été remplacées par de petites ardoises.

            Heureusement les plus inventifs et originaux utilisaient des tissus colorés et des formes extravagantes, ce qui permettait de distinguer leurs cadeaux et de s’y retrouver un peu mieux.

            Vint le moment du repas vers les 20h.

             La table du salon possédait deux rallonges qui ne furent pas de trop, la plupart des meubles étaient devenus polyvalents, cette table pouvait donc aussi faire office de bureau et s’incliner, pour le dessin par exemple.

            Le recyclage et l’écologie ayant drastiquement baissé la consommation dans son ensemble, dont celle de meubles. Les artisans avaient réagi et repris du service en proposant des meubles tout-en-un, chers certes, mais qu’ils produisaient en petites quantités. Le consommateur dépensait plus en une fois mais bien moins souvent, le nouveau credo de la consommation pouvait se résumer à « Rare, Qualitative, Résistante ».

            Le repas débuta par les entrées, tout un tas de toast, biscuits et autres amuse-bouche, à part le pain et les biscuits, tout venait du jardin ou du garde-manger des colocataires.

            Les plats quant à eux contenaient très peu de viande ou de poisson, le poisson se trouvait surtout aux marchés en bord de mer ou près des lacs. Pour ce qui était de la viande, les fermes locales ne produisaient pas autant que les exploitations d’élevage d’il y a 20 ans.

             Pour cette fête annuelle ils en avaient pris un peu, Cependant à force de ne pas en consommer, la saveur de la viande leur devenait de plus en plus étrangère.

            L’attention apportée à la cuisine du plat s’élevait à un niveau artistique, le mariage des saveurs des différents ingrédients, le raffinement des sauces et la pertinence de la cuisson avaient de quoi ravir les palais les plus difficiles.

            Les invités ne se privèrent pas de le rappeler à chaque nouvelle assiette. Certes la moyenne de nourriture ingérée avait diminué de 2020 à 2055, mais là c’était Noël, chacun avait un passe-droit de « pétage de bide » en règle et ils comptaient bien l’utiliser.

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            Ce fut extase et ripaille jusqu’à 22h environ, jusqu’à ce que tout un chacun déambula tant bien que mal vers le sapin, pour s’offrir les cadeaux.

            Le coup sur l’estomac était dur à encaisser mais tout le monde voulait déballer ses cadeaux, avec empressement et précaution.

            Chacun s’émerveilla de ce qu’il reçut, tout était plutôt utilitaire ou à consommation unique, des bouteilles d’alcool maison, des outils de jardinages, des bons chez des artisans locaux.

             Il y avait aussi des toiles peintes par Melchior pour sa fille, des bijoux faits main par Amandine pour tout le monde.

             Melvyn aimait bien offrir des poèmes accompagnants les différents objets qu’il ramenait, lorsqu’il partait en interview. Alors certes il ne partait jamais bien loin mais il trouvait toujours un produit du terroir ou un objet d’art intéressant.

            L’excitation se tassa peu à peu et la digestion faisant son œuvre, ils se retrouvèrent dans le salon, ceux sur le canapé étaient entassés à cinq, Melvyn entre Amandine et Léo. Certains étaient sur des chaises quand d’autres reposaient par terre sur les matelas qu’on avait sorti pour l’occasion. L’alcool et la liesse avaient fait leur œuvre, tous riaient pour la moindre blague et les discussions étaient optimistes, anodines et enjouées, les sujets fâcheux avaient été soigneusement évités.

            Tous furent surpris quand ils entendirent sonner la cloche du portail de la maison, Melvyn se leva et se rendit au portail, la personne qu’il vit à l’entrée lui décrocha un grand sourire.

            « Mathias ! S’écria-t-il, en venant lui ouvrir, vous ici quel plaisir, je vous croyais à l’église.« 

            « Le père Jean n’avait plus besoin de moi pour la soirée et je voulais me dégourdir les jambes. J’ai voulu en profiter pour vous souhaiter joyeux Noël. » Expliqua Mathias.

            « Comment ça ? vous comptez repartir ? » S’étonna Melvyn.

            « Je ne voudrais pas interrompre les festivités, je voulais juste vous souhaiter de bonnes fêtes.« 

            « Mais il est fou lui ! » L’interrompit Melvyn.

            Melvyn hurla presque cette dernière phrase et attrapa le bras du prêtre, l’entraînant par surprise dans le jardin tout en refermant le portail d’un pied. Mathias voulut tranquillement se dégager mais Melvyn ne le laissa pas faire.

            « Vous n’allez pas partir sans avoir dit joyeux Noël aux filles quand même ?! » s’indigna Melvyn.

            « D’accord mais je ne veux pas m’imposer, c’est embarrassant. » rougit Mathias.

            « Vous voulez rester dormir vous dites ?! Pas de problèmes ! on va vous trouver un matelas ! » s’amusa Melvyn.

            Dans son enthousiasme il ne se rendait pas compte à quel point Mathias était gêné. Lorsqu’ils entrèrent dans la maison, une ovation accueillit le prêtre, rouge comme une écrevisse, qui salua poliment chaque convive. Léna lui sauta au cou et pompette faillit le faire tomber sous le choc, on lui proposa une flûte qu’il refusa et tout le monde lui demanda de goûter quelque chose. Il fut tellement couvert d’attentions qu’il finit par vraiment se sentir mal.

            Heureusement Jade était encore assez lucide pour s’en rendre compte, elle ramena tout le monde à la raison et ils arrêtèrent leur frénésie hospitalière pour laisser respirer Mathias.

            La fin de la soirée se déroula plus tranquillement, chacun tombant dans les bras de Morphée petit à petit.

            Melvyn et Mathias furent les deux derniers, se retrouvant sur la terrasse pour profiter de l’air frais d’après minuit, Melvyn avec sa tasse à la main commença, tout penaud.

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            « Désolé mon père pour vous avoir embarqué contre votre gré. » S’excusa le jeune homme.

            « Vous recommencez, s’esclaffa Mathias, à m’appeler mon père, Melvyn. » Le corrigea-t-il.

            « Ah oui tiens c’est vrai, étonnant comme la culpabilité nous fait chercher le pardon dans votre estime de prêtre. » Réfléchit Melvyn.

            « Tant et si bien qu’on en oublie parfois que je suis humain avant tout. Je fais peut-être des sermons Melvyn, mais je suis un peu timide au milieu d’inconnus et de tant de sollicitations.« 

            « Encore pardon Mathias, je pensais peut-être qu’avec votre passif de manifestant et de prêtre, vous seriez plus à l’aise dans le nombre.« 

            « Et je ne vous en blâme pas, j’ai passé une bonne soirée, surprenante, mais très agréable. Vos amis ne sont pas les derniers pour s’amuser. » Conclut Mathias avec engouement.

            « Et encore vous n’avez pas eu votre joute d’esprit avec Léo, on va peut-être attendre qu’il soit suffisamment en forme pour cela.« 

            Les deux hommes acquiescèrent sur ces paroles, Léo avait encore mit une sacrée ambiance avant de s’endormir.

             Les deux couche-tard fixaient maintenant le ciel, il était dégagé et les étoiles, dans leur iridescente beauté, offraient leur somptueux ballet à leur vue.

            « C’était bien de se détendre ce soir, je me rends compte que quelle que soit l’issue de notre problème actuel, ça ira. Confia Melvyn, J’ai une vie heureuse et bien remplie, tant pis si ma passion pour le journalisme est au moins temporairement mise de côté.« 

            « C’est Noël Melvyn, ne sois pas défaitiste le jour de la naissance du seigneur. »

            Melvyn voulut répondre qu’il ne voulait pas se montrer défaitiste, il voulut aussi répondre que la naissance du Christ n’était apparemment pas certifiée du 25 Décembre. Mais il se tut et se contenta de sourire, Mathias venait de le tutoyer, venant de ce dernier cela flattait Melvyn. Pour qu’il se sente suffisamment bien pour le tutoyer, Mathias devait considérer être en présence d’un ami.

            Quelle drôle de sensation Melvyn éprouvait à cet instant, il avait connu le prêtre alors qu’il enterrait un ami et c’est précisément, par les problèmes qui en avaient résulté, qu’ils devenaient plus proche l’un de l’autre.

            « Tu as raison, Mathias, célébrons. » Déclara Melvyn.

            Melvyn leva sa tasse vers le ciel, Mathias sembla réagir au tutoiement car il parut surpris, il leva aussi sa tasse tout en souriant.

            « Au journalisme, à la liberté de vivre et mourir en accord avec nos valeurs. » énonça Mathias.

            « Ce n’est pas un peu sordide, pour Noël, Mathias ? » Demanda-t-il sournoisement.

            « Fichtre, tu apprends trop vite. » S’exclama le prêtre.

            Les deux rirent en cœur puis trinquèrent avec leurs tasses.

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Chapitre 12

            Le Lundi 27 Décembre, ayant récupéré de leur journée et lendemain de fête, Melvyn, Jade, Léna, et Mathias se rendaient au bureau du C.I.G. 

            Ils avaient pu avoir un rendez-vous assez rapidement, la période des fêtes était moins chargée au C.I.G. En effet les gens se préoccupaient plus de leur entourage que de leurs autres projets en ces temps de célébrations, bien que le C.I.G fasse manifestement de grandes avancées pour l’humanité, les gens allaient là-bas majoritairement pour se plaindre.

            Lorsqu’ils entrèrent dans le hall, Melvyn le trouva bien vide comparé à sa dernière visite, il consulta de nouveau les post-it sur le plexiglass de l’accueil, cherchant où se placer pour un rendez-vous avec le bureau supérieur.

            Il s’aperçut que la salle d’attente était à l’écart, ce qui leur demandait de traverser le bâtiment, Il fit un signe à ses amis pour les enjoindre à le suivre. Pénétrants dans la partie arrière du bâtiment, leur trajet les amena dans une petite pièce comptant quelques sièges seulement, relativement peu contrairement aux autres salles.

            Ce n’était pas très bon signe, peut-être que très peu de gens obtenaient un recours et des résultats auprès du bureau supérieur, peut-être était-ce fait ainsi dans le but de le faire croire.

            Ils avaient tous la gorge serrée, sauf Léna qui fredonnait d’un air absent, Melvyn la soupçonnait de toujours faire cela pour gérer le stress. À ce moment précis, il aurait aimé s’en inspirer, il regardait sa main qu’il tendit devant lui, elle tremblait comme une feuille au vent.

            L’attente ne fut pas longue, Dix minutes tout au plus, il fut tout de même soulagé lorsqu’une femme en tailleur vint leur dire que c’était leur tour. Ils empruntèrent les escaliers, jusqu’au deuxième étage cette fois, les couloirs étaient sobres, leurs murs étaient vides à l’exception des tableaux en liège qui y trônaient, poinçonnés d’innombrables punaises pour y accrocher des notes.

            Ils arrivèrent tous les quatre devant une porte en bois toute simple, la dame qui les avait guidés y entra et ils comprirent qu’elle serait leur interlocutrice, mais ce n’était pas la seule personne dans le bureau.

            Melvyn sursauta et Mathias tiqua, ils avaient devant eux le père Clément, se tenant debout contre la fenêtre qui donnait sur la ruelle voisine.

            « Je suis Suzanne Darbois, entama la femme en tailleur, je suis la chargée d’affaire pour ce réexamen et voici le père Clément, ici en qualité de consultant.« 

            Melvyn ne sut quoi répondre, même quand Mathias voulut croiser son regard, il se contenta de fixer père Clément de manière incrédule. Les quatre requérants prirent place sur les chaises disposées devant le bureau, Jade et Léna visiblement inquiètes de la présence de Clément osèrent demander.

            « Un prêtre, avança Jade, comme consultant pour le C.I.G ? A-t-il une formation dans le sujet de l’écologie ?« 

            « Vous seriez étonnée, répondit Suzanne, de savoir à quel point les religions sont impliquées dans le processus écologique et social. Certaines règles des écrits sains sont aussi basées sur des consignes sanitaires et d’intérêt social.« 

            « D’accord, coupa Léna, Mais aujourd’hui pour ce qui est de l’hygiène et la sécurité sanitaire, est-ce que l’on ne se fierait pas à la science plutôt ? Pour le social nous avons les sociologues.« 

            « Mais le bon sens, l’expérience et les données sont aussi des aides dans nos complexes décisions. Le père Clément ici présent a fait des études de biologie et de sociologie. » Justifia-t-elle.

            « Quel rapport avec un blog ? demanda Melvyn, nous sommes là pour ça avant tout.« 

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            « Le rapport, déclara Clément, est le dernier sujet couvert, l’enterrement en vraie terre comme on l’appelle, qui pourrait créer un risque sanitaire important. Vous étiez clairement en faveur de ce dernier, votre blog est très prosélyte, d’une manière dangereuse.« 

            « Prosélyte ? J’imagine que vous vous y connaissez ? En ce qui concerne le blog, je n’entends là que de pures spéculations. » Clama Melvyn.

            « Les arguments méritent d’être examinés des deux côtés, tenta Suzanne en signe d’apaisement, vous avez amené un dossier je vois, puis-je le consulter pendant que vous m’exposez vos arguments.« 

            Jade acquiesça et lui tendit le document, Suzanne s’en saisit et l’ouvrit avec délicatesse. Apparemment elle examinait les pièces avec plus d’attention que l’homme qui avait reçu Melvyn la première fois.

             Les trois colocataires exposèrent les faits, tandis que Mathias se contentait de regarder en direction de la fenêtre, parfois pour lancer un coup d’oeil au père Clément et parfois semblait-il simplement regarder le ciel.

            Pour un œil exercé, on pouvait voir qu’il priait.

            « Ma foi ce dossier m’a l’air en règle, annonça Suzanne, je pense que pour les critères de pollution et d’intérêt général il y a eu une erreur. Même si au niveau de l’intérêt général vous êtes limite, avec les nouveaux critères en vigueur. Il ne me reste plus qu’à vérifier l’influence de vos articles.« 

            « Et comment vous allez faire cela ? » S’enquit Jade.

            « En lisant les articles, si vous avez un disque dur de sauvegarde de votre blog. » Précisa l’employée.

            « Effectivement nous en avons un, bien qu’il ne fût précisé nulle part que vous puissiez nous le demander ultérieurement. Votre sentence semblait bien irrévocable sur le mail que nous avons reçu.« 

            Jade lui tendit le disque dur, accompagné d’un regard lourdement accusateur, Suzanne semblait ne pas y prêter plus d’attention que cela. Elle recevait souvent des personnes en colère, mais ce n’était clairement pas elle qui mettait au point toutes les règles, elle se contenta de prendre le disque dur et de le brancher tranquillement à son ordinateur. Le silence se fit pesant, alors qu’elle ne répondait toujours pas à la provocation de Jade, elle se contenta de lire le contenu du blog en silence.

            De temps en temps ses yeux semblaient s’arrêter sur une ligne précise et elle prenait des notes sur un calepin qu’elle avait en face d’elle. Melvyn se demandait pourquoi elle ne les mettait pas sur un fichier texte sur l’ordinateur, mais il ne voulait pas l’interrompre avec sa question, il avait l’impression que cela rallongerait le temps d’attente du verdict.

            Une partie de « fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis » interminable se déroulait entre les regards des quatre plaignants et le père Clément. Le malaise installé par le silence se renforçait avec l’attitude de Clément, il semblait sûr de lui, attendant la fin des délibérations, il se contentait de rester debout et de regarder autour de lui. Jade et Léna avaient du mal à croiser son regard, dès qu’il le posait sur elles, elles détournaient le leur. Melvyn lui le fixait régulièrement, une rancœur assez distincte pouvait se lire dans ses yeux légèrement plissés. C’était le père Clément qui ne soutenait pas le regard de Melvyn et dès qu’il le croisait, il semblait soudain chercher un autre point à fixer dans la pièce.

            Cette mascarade dura un certain moment, les seuls bruits que l’on pouvait entendre étaient la ventilation de l’ordinateur, les respirations de chacun, la molette de la souris et la mine de crayon glissant sur le calepin.

            Soudain après un temps qui parut bien plus long que ce que l’horloge affichait malhonnêtement, Suzanne se redressa sur son siège, elle fit de nouveau face aux personnes de l’autre côté de son bureau, quittant des yeux son écran elle prit son calepin en main et leur annonça.

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            « Effectivement vous êtes partiaux, plusieurs de vos articles ont une ouverture orientée, le dernier en est un bel exemple, mettant en avant les valeurs de la personne interviewée. Personne qui est, si je ne me trompe pas, monsieur ici présent, dit-elle en pointant Mathias avec son stylo. Vous avez tendance à dire que certaines pratiques sont bonnes et d’autres mauvaises, parfois indirectement via l’admiration que vous portez aux personnes impliquées. D’autres fois de manière directe, rien que dans les titres on peut voir, je cite « Rousset, enfin une végétalisation du péri-urbain, il était temps. » et il y en a encore bien d’autres exemples. »

            « Ce n’est pas interdit, se défendit Léna, certains sites bien plus prosélytes sont encore en activité et n’en sont pas inquiétés que je sache.« 

            « Comprenez-moi bien, reprit Suzanne, je ne vous blâme pas de mettre en avant l’écologie, c’est notre but premier ici, mais premièrement votre discours est souvent négatif voire accusateur, deuxièmement le problème vient souvent de la dérive.« 

            « Et plus clairement, enchaîna Melvyn, de quelle dérive sommes-nous accusés ?« 

            « Pour faire simple l’écologie est un vaste sujet et l’on peut agir sur de nombreux fronts. Cependant certaines personnes, persuadées d’être dans le vrai, mènent des luttes qui ont des conséquences à plus ou moins longs termes davantage négatives que positives. » Développa Suzanne.

            « Et donc dire qu’une personne de l’Église a pratiqué un enterrement en vraie terre nous rend responsable d’une crise sanitaire ? C’est bien ça ? » répondit Melvyn, agacé.

            « Ne jouez pas à l’imbécile, coupa le père Clément, vous savez bien que c’est le risque qui est calculé pas la responsabilité. Si jamais l’on permet l’enterrement en vraie terre officiellement, moralement et législativement, on aura tout un tas de problématiques nouvelles.« 

            Les quatre plaignants restaient abasourdis, l’intervention de père Clément leur paraissait logique, mais que Suzanne le laisse s’exprimer et ne le contredise pas, laissait supposer qu’il avait autorité dans cette affaire. Or à aucun moment il n’avait été fait mention qu’il appartenait explicitement au C.I.G, il était censé être simple consultant, non pas juge. Après cette intervention il paraissait clair qu’il ne s’arrêtait pas à un rôle de conseiller.

            « On encourage donc l’écologie dans un sens, railla Jade, mais l’on empêche les gens de s’y investir même à leur mort ? Ce n’est pas parce que l’enterrement en vraie terre devient possible qu’il deviendra un phénomène incontrôlé, il suffit de le réglementer.« 

            « Nombre de rapports que nous avons reçu, expliqua Suzanne, venant d’autres pays, ont été édifiants sur cette pratique. Lorsque les enterrements en pleine terre sont devenus légaux, les rites mortuaires se sont multipliés, rien d’alarmant jusque-là, les gens voulaient simplement honorer leurs morts à leur manière. La législation s’est peu à peu assouplie vis-à-vis de cela, créant un nouveau marché de pompes funèbres alternatives.

            Le manque de professionnalisme existait déjà dans le circuit classique, mais les nouveaux rites mortuaires se révélant complexes voire fantasques, les entreprises se sont adaptées. Prenant parfois des risques incroyables au niveau de la légalité de l’activité et du respect des normes sanitaires et morales.

            Par exemple une personne se faisant enterrer sous un stand de marché, qui avait été toute sa vie, selon les dires de ses proches, afin de faire pousser des produits qui seraient vendus sur ce même stand.

            Ou encore une famille enterrant tous ses membres décédés sur la propriété familiale. Sauf qu’un jour on s’est rendu compte qu’il y avait 5 cadavres au lieu des 4 officiellement enterrés. Le cinquième cadavre était une victime de meurtre qui n’avait aucun rapport avec la famille. Un voisin qui connaissait leurs pratiques en avait profité pour se débarrasser des preuves de son crime.« 

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            « D’accord, intervint Melvyn, mais tout cela peut déjà arriver dans les cimetières, bien que ce soit plus difficile, on pensera encore moins souvent à vérifier dans une tombe. Si ça se trouve on a des centaines de meurtres non résolus dans les cimetières actuels.

            Et pour les risques sanitaires il suffit de définir des zones, d’interdire l’enterrement en vraie terre n’importe où.« 

            « Et qui statuera de cela monsieur Billot ? Reprit Clément, comment définir ce qui est acceptable ou non comme dernier lieu de repos pour un membre de la famille, si l’on rend la Terre entière valide comme cimetière.« 

            « Mais le gouvernement, hurla Melvyn, une institution habilitée, les forces de l’ordre, l’OMS ! On ne manque pas de décisionnaires en charge de ce genre de maintien de l’ordre et de la santé !« 

            « Si vous voulez bien évitez de hurler, l’interrompit calmement Suzanne, je pourrais argumenter. En effet cela peut être géré, mais en nous basant sur les différents rapports des différents pays qui en ont fait l’expérience, en partant de leurs résultats sur les cinq dernières années, 2 sur 23 ont réussi à éviter des débordements dans le genre dont je vous parlais, savez-vous quel a été le facteur déterminant ?« 

            « Vous allez nous le dire.«  Susurra Léna, visiblement agacée par ce ping-pong verbal.

            « La taille du pays en question. L’Islande et la Nouvelle-Zélande ont réussi à gérer ces problèmes, ils ont été très strict et ont commencé par de longues campagnes de prévention. Les gens peuvent enterrer leurs morts dans certaines zones qui sont réservées à l’agriculture et le champ ne redevient disponible qu’un an après, si l’enfouissement du corps a respecté toutes les normes établies. S’ils veulent les enterrer ailleurs, ils tombent sur une procédure de dérogations extrêmement complexe et décourageante, pour éviter toute pratique dangereuse.

            Comprenez que la France n’est pas prête avec la taille du pays, la non-préparation et ne le nions pas, la tendance française à n’en faire qu’à sa tête… J’ai peur de voir émerger les titres les plus abracadabrantesques sur les unes des journaux. » Raconta Suzanne.

            « Soit, mais notre reportage n’est en aucun cas une validation légale de la pratique, juste un soutien. » Affirma Jade, fermement.

            « Non, acquiesça Clément, mais vous transmettez le fait qu’un prêtre a mené l’enterrement, l’information pourrait être prise comme une confirmation du soutien de l’Église pour ce projet. Le Pape ou au moins un de ses cardinaux devra faire un démenti et comment pourrait-il faire cela ? En sachant que certains pays l’autorisent et d’autres non. C’est au gouvernement du pays de prendre la décision de rendre cela possible et à l’Église d’autoriser ou non ses prêtres à mener la cérémonie, pas l’inverse.« 

            « Vous soutenez donc que notre article, interrogea Jade, serait un mouvement politique pour faire passer l’enterrement en vraie terre dans la législation Française.« 

            « Que ce fut votre but ou non quand vous l’avez écrit, reprit Clément, votre article aura cette portée-là. Les gens s’en empareront et réclameront le droit d’avoir recours à ce type d’enterrement et vu qu’il y a un précédent, mené par un représentant officiel de l’Église, un non ne sera plus acceptable comme réponse. Les requérants essaieront de poursuivre en justice tout organisme qu’ils jugent responsables, un sacré chaos en résulterait.« 

            Melvyn bouillonnait, les arguments étaient certes valides mais il était trop en colère pour le voir et surtout ils avaient sanctionné le site avant d’expliquer pourquoi. Le père Clément l’avait menacé avant de lui déballer toute cette théorie, le jeune homme explosa.

            « Mais bon sang ! Pourquoi ne pas avoir juste fait retirer l’article ? Pourquoi ne pas nous avoir envoyer un mail expliquant cela et nous avoir sommé de retirer l’article ? » S’énerva Melvyn.

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            « Pour que vous veniez ici, le stoppa Suzanne, toujours aussi calmement, comprenez que nous gérons énormément de dossiers en même temps, nous n’avons pas une personne dédiée à votre site, nos journées sont suffisamment remplies comme cela. Au vu de l’importance de l’emballement médiatique que votre article pouvait susciter, il fallait y couper court, heureusement que le père Clément l’a remarqué et qu’il nous l’a signalé, en plus du fait que votre enquête régulière était proche. Nous aurions pu louper le coche et l’information se serait rapidement répandue.

            De plus si vous êtes capables de faire un tel reportage, un tel article, vous êtes capables d’en faire d’autres et pour cela notre surveillance n’est pas assez développée. Oui c’est injuste mais nous devions vous arrêter afin d’éviter le pire.

            Votre dossier va être ré-évalué et vous devrez sûrement suivre une formation au sein du C.I.G pour continuer dans le journalisme. Mais en attendant pour les trois prochains mois, vous êtes interdits de toute activité de création sur internet, par là j’entends de remettre un site en place, qui devrait de toutes façons être soumis au C.I.G, sous peine d’une lourde amende. Et ne pensez pas à vous en plaindre sur les derniers réseaux sociaux existants, cela aggraverait votre dossier, suis-je bien claire ? » Les sermonna Darbois.

            Le silence se fit dans la pièce, les trois colocataires étaient paralysés après les dernières phrases de Suzanne. On venait clairement de museler leur liberté d’expression, ils n’avaient en aucun cas encourager ou diriger l’enterrement en vraie terre, seul Mathias était dans ce cas, pourtant on venait de les blâmer d’en promouvoir la pratique, voire sa légalisation. Certes leur opinion personnelle y était favorable mais le dire sur leur propre site, leur était interdit.

            La menace leur restait douloureusement en travers de la gorge, c’était une incitation à orienter les informations qu’ils recueillaient, ou d’en taire certaines. Les médias indépendants devaient donc suivre aussi une ligne éditoriale qui n’était pas la leur, en ce cas où était l’indépendance ?

            Ils n’en étaient pas ravis et cela s’entendait, seul Mathias semblait encore plutôt serein, bien que pensif. Léna était devenu blanche mais Jade et Melvyn viraient plutôt au rouge.

            « Vous ne pensez pas que c’est un peu sévère ? intervint enfin Mathias, je veux dire, je comprends les problématiques que vous soulevez et qui suis-je pour remettre en doute ces rapports. Mais il suffit de ne pas republier cet article, de garder le secret de cette affaire quelques temps, quand tous les critères seront en place, nous pourrons en parler et recommencer à les faire ces enterrements, dans des conditions encadrées et stables.« 

            « Ce n’est pas aussi simple monsieur, répondit Suzanne, cet article nous est remonté mais je ne sais pas personnellement si c’est le seul de ce type. Pour éviter que cela se reproduise, il faudra mieux être formés avant de reprendre l’écriture des suivants.« 

            « Et pourquoi ne pas nous embaucher carrément, tonna Jade, on ne ferait que des sujets C.I.G-friendly et si on va trop loin vous pourrez tirer sur la laisse ! Non ? Qu’en pensez-vous ?« 

            Suzanne se racla la gorge, elle prit le dossier à deux mains et le fit taper deux fois sur le bureau pour remettre les pages en place, elle le tendit ensuite à Léna, comprenant que c’était cette dernière qui semblait la moins énervée.

            « Vous n’êtes pas les premières personnes à réagir de la sorte, ajouta Suzanne, sachez que oui le C.I.G est injuste, le fait que nous soutenons l’intérêt général au détriment de l’intérêt individuel est de nature publique. Les décisions prisent dans ces bureaux sont bien souvent des limitations, des interdictions, des restrictions et j’en passe.

             Nous avons le grand méchant rôle mais c’est pour, nous l’espérons, le plus grand bien, le bien de tous et nous le constatons de plus en plus, même si le monde continue de se dégrader.« 

            Le discours moralisateur plein de bonne volonté, était actuellement très indigeste pour les trois bloggeurs. De plus le sourire satisfait qu’essayait de cacher le père Clément, était la goutte qui pouvait très bien faire déborder le vase à tout moment.

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             Ils se continrent difficilement, Léna prit lentement mais fermement le dossier des mains de Suzanne et le rangea dans sa sacoche. Les quatre finirent par se lever et par s’en aller, aucun au revoir ne fut échangé, Suzanne se contenta de leur glisser un numéro de téléphone et une date. Les annotations sur le post-it permettaient de comprendre qu’il s’agissait de la date approximative de la conclusion sur la réévaluation de leur dossier. Il était aussi indiqué qu’ils pourraient appeler ce numéro à partir de ce moment-là.

            Jade et Melvyn étaient furieux, leur silence ne cachait qu’à grand peine leur humeur massacrante. Léna était plus calme, bien plus sereine avec ses émotions par habitude et pratique, elle avait su discerner le vrai dans le discours de Suzanne.

            En effet le C.I.G avait permis de grandes avancées dans la société, le revenu universel était leur œuvre, ils en avaient été le pilier fondateur. Un autre exemple était les communes, qui avaient repris plus d’autonomie grâce à leurs conseils.

            Le C.I.G s’était grandement investi dans l’émergence des Offices du Travail Collectif, il avait fait publier un livre de blanc, présentant un prototype de ce genre de structure, les communes s’en étaient emparées rapidement en fabriquant leurs propres versions.

            Aujourd’hui le plein emploi n’était pas atteint certes, mais tout le monde était occupé et apportait de l’utilité.

            Aujourd’hui la chaleur continuait d’augmenter, de réchauffer le monde et les océans, mais les émissions de carbone diminuaient.

            Aujourd’hui le monde contenait 10 milliards d’êtres humains, mais ses ressources étaient mieux réparties que quand il en contenait 7.

            Léna bien que née et ayant grandi avec le C.I.G existant, se rendait tout de même compte de cette évolution. Elle comparait les évènements passés que l’on lui racontait et ce qu’elle pouvait vivre aujourd’hui.

            Les cours de méditation et de disciplines mentales enseignés depuis l’école primaire, lui avaient été d’un grand soutien toute sa vie. Elle leur devait aussi sa capacité à rester stoïque, à réfléchir même quand un évènement désagréable survenait.

            Melvyn et Jade semblaient avoir tirer un moins grand parti de ces cours ou peut-être étaient-ils naturellement plus sanguins.

            Mathias quant à lui se sentait mal à l’aise, sa décision de mener un enterrement en vraie terre était-elle à ce point dangereuse ? Il voulait simplement faire plaisir à un ami, un ami mourant dont le seul souhait était de profiter à la Terre après.

             En aucun cas il ne cherchait à en faire un acte politique et n’encourageait les gens à enterrer les morts dans leur jardin. Il trouvait la paranoïa du C.I.G et de l’Église excessive, mais l’humilité que lui enseignait son code moral le forçait à se remettre en question, il n’avait pas toutes les réponses.

            D’autres pays avaient expérimenté cette pratique, le résultat se retranscrivait dans de sacrées histoires. Bien qu’entre chaque pays, la culture, le respect de la loi et les traditions puissent différer, il restait impossible à prévoir ce qui résulterait d’une exposition médiatique, à grande échelle, de leur affaire.

            Mathias comprenait, que le risque était grand. Il comprenait aussi que les citoyens français n’avaient de fait, pas le choix dans cette histoire.

            Lorsqu’il avait participé à la révolte des taupes contre l’enfouissement des déchets nucléaires, il s’était retrouvé face à des experts qui savaient très bien comment gérer ce fameux risque. Il était vrai que les manifestants n’avaient pas de solution technique alternative assez poussée à cet enfouissement, puisque la plupart des experts en nucléaire étaient dans le camp pour l’enfouissement. Il était aussi vrai que les demandes des « taupes » étaient assez irréalistes, « Trouvez un autre endroit » ; « Traitez-les vos déchets » ; « Trouvez une autre solution » ; « détruisez-les » avaient-ils réclamé.

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            Remettre en question la gestion des externalités négatives par les personnes les plus qualifiées pour le faire, était assez difficile sans argument solide à l’appui.

            La crainte que le motif d’enfouissement ne soit qu’économique était forte et difficilement prouvable, car encore une fois le peuple n’avait pas réuni, ou pu réunir, toutes les informations.

            Le problème auquel était confronté Mathias aujourd’hui, sans être le même, y ressemblait fortement.

            La connaissance des risques de l’enterrement en vraie terre était connue de peu de personnes, ces derniers refusaient de divulguer ces informations et de rendre cette pratique possible.

            L’obscurantisme était choisi comme moyen pour garantir une certaine sécurité et effectivement si l’on ne joue pas avec le feu, on ne risque pas de se brûler.

             Pourtant, Mathias croyait en l’intelligence commune, si les risques étaient bien expliqués, si tout cela était bien cadré, il demeurait persuadé que l’être humain pourrait honorer ses morts, la Terre et ne pas déclencher d’épidémie par la même occasion.

            Que devait-il faire ? S’en remettre au jugement d’une autorité obscurantiste, jugée compétente depuis plus de 20 ans ou devait-il s’en remettre à son propre jugement, celui d’un homme qui ne connaissait le sujet que par une unique expérimentation ?

            Les quatre requérants gardèrent remarques et réflexions pour eux et quittèrent les lieux.

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